italie - voyages

Dans le château du comte

Hélios Molina - 21 Janvier 2011
Sur les bords d’une rivière surplombant la vallée, aux portes de la cité Plaisance dans la riche région Emilie Romagne, sur la rive droite du Pô, le château de Rivalta nous est ouvert exceptionnellement par le comte Landi.

Difficile de trouver l’accès principal du château trapézoidal de Rivalta sur les bords de la rivière Trebbia dans la province de Plaisance (Piacenza en Italien) au nord de l’Italie. Derrière une vaste grille, un parc ombragé laisse apparaître une tour conique qui domine la vallée. Le hameau qui entoure le château fait partie du territoire des Landi, une famille de nobles dont les ramifications sont proches des Windsor de la couronne d’Angleterre et des bourbons de la famille royale espagnole. Ce château dont les premières pierres sont médiévales, est connu pour posséder une des plus belles collections privées d’armes anciennes. Il fut un temps, vers 1300, où se château régnait en maître dans toute la région et avait sous ses ordres une trentaine de châteaux avoisinants. L’accès au parc nous est enfin ouvert et nous approchons un porche qui laisse entrevoir une cour à arcades sur deux niveaux, la typique loggia italienne. C’est là que nous attend le comte Orazio Landi, la main tendue en signe de bienvenue. «  Vous entrez dans une loggia qui date de la deuxième moitié de 1400. « C’est typiquement une cour qui s’apparente aux palais citadins par sa richesse des décors et son côté fastueux » décrit le comte, généreux en détails et descriptions. Mais avant la montée des marches vers l’accès aux différentes chambres du château, le comte nous fait passer par la salle de bal ou salle de la justice qui est la plus grande pièce du château. C’est dans cette salle que s’écrivait, s’énonçait, se dictait la vie administrative et la justice du comté.  C’est une longue et vaste  pièce rectangulaire avec marbre au sol, tapis et tableaux majestueux et poutrelles peintes. L’une des extrémité de la pièce, surplombe  la rivière. Construite au XVe siècle, elle comporte plusieurs peintures  dont quelques chef d’œuvres d’artistes régionaux du XVIe. Mais il y a surtout une imposante généalogie familiale peinte au mur avec les différentes branches des Landi dont une lignée a eu le droit entre 1500 et 1690 de battre monnaie. Le mobilier (coffres, meubles bas) date du XVIIe tandis qu’au sol une mosaïque vénitienne reprend au centre le blason de la famille qui l’occupe.  Des armures anciennes de différentes époques donnent un aspect cérémonial et hautain au lieu. Puis par une petite porte nous passons dans l’une des plus passionnantes pièces de la grande demeure. Nous voici dans une cuisine typiquement XIXe avec tout l’art populaire et l’outillage de l’époque. C’est un véritable émerveillement de moules à gâteaux en cuivre de différentes tailles ou formes. Elément décoratif, sur un des murs est représenté un grand losange de moules de petits tailles. Elle fut la cuisine du château jusqu’en 1940 raconte le comte. Sur un côté, un alambic servait il y a peu encore, à distiller la grappa du domaine. Encore un objet singulier : un grand mortier pour moudre le sel est posé au sol carrelé de carreaux en terre cuite. Au centre de la pièce, une grande table paysanne du XIXe expose quelques céramiques populaires. Le comte, en parfait conteur, se plait à décrire le fonctionnement de tous ces instruments toujours en parfait état de marche. La pièce à côté est une salle manger qui impose par sa collection de faïences de la Compagnie des Indes accrochée au mur dans un rassemblement de pièces harmonieux. Puis par une porte dérobée qui descend vers les soutes du château, le comte nous mène vers une salle magnifiquement voûtée ou sous une lumière crue s’alignent les barils qui conservent le vin de la propriété, le « Borgo di Rivalta » un vin classé AOC couleur locale. La température y est plutôt fraîche. De part et d’autre de cette pièce il y a des cellules, où jadis, on laissait moisir les sujets récalcitrants à l’ombre de la lumière. Parmi la multitude de chambres, qui sont à l’étage dont l’accès se fait par la loggia, il y a la chambre bleue (nommée ainsi pour les couleurs des tapisseries) où dormirent les cousins de la famille royale anglaise lors de différentes visites privées en Italie, la chambre verte. Au-dessus du lit de cette dernière, figure un tableau de la Madone et l’enfant en compagnie de saint Joseph, tableau du peintre de Modène Bartolomeo Schedoni, début 1600. L’une des chambres les plus typiques est la chambre dite « dei falcone » en français chambre des faucons. D’aspect plutôt rustique, le mobilier est du XVIe. Le lit à baldaquin est couvert d’un Damas rouge. Deux grands tableaux ornent les côtés dont un représente un prélat, proche de la famille. Tandis qu’ un superbe paysage peint par Francesco Monti dit « il Brescianino » apporte une certaine quiétude. Mais le châtelain qui aime aussi les divertissements, nous mène ensuite vers la salle du billard, une superbe pièce néo-classique décorée. Le billard est  un meuble du XVIIIe siècle avec dix pieds imposants. Pour agrémenter ce jeu de salon sur les murs sont peints des scènes paysannes de 1780 dont des fresques de Paolo Borroni (1749-1819). Un autre peintre célèbre qui ornait différents palaces italiens laissa ici son empreinte. Il s’agit du lombard Filippo Comerio (1747-1827). Mais le clou de la visite se situe au-dessus dans une galerie voûtée dont l’accès se fait par la tourelle. C’est là qu’est entreposée, l’une des plus belles collections militaires du pays. Le comte est fier de montrer le drapeau de la bataille de Lépante en 1571 (à proximité du golfe de Patras en Grèce) où ses aïeuls, la famille Scotti de Sarmatto, combattit pour la république Vénitienne. C’est dans cette célèbre bataille navale contre les Ottomans que l’espagnol Miguel de Cervantès auteur du  « Don Quichotte de la Manche » perdit une main ou plutôt sa main gauche resta ankylosée et qu’il gagna le surnom de manchot. Parmi de nombreuses armures d’époque, une collection d’épées de 1700 à 1800, une vitrine de fusils et pistolets du XVIIe au XIXe dont des mousquets turcs, une grande collection de costumes (jusqu’à la deuxième guerre mondiale, un ensemble en bois pour infirmerie de campagne   (vers 1800), deux petits canons frappés du sceau de la famille Landi qui fonda une légion en 1848 forte de 700 combattants (armés par le comté) pour l’indépendance de l’Italie. Le comte apprécie particulièrement une collection tribale rapportée vers 1900 du Brésil (amulettes, arcs et flèches des indiens du Mato Grosso) par le comte-explorateur Stradelli mort de la lèpre. Le comte qui tente d’alimenter ses nombreuses collections suit de près les ventes aux enchères d’armes anciennes et connaît parfaitement la valeur des objets qui font exception. D’ailleurs il a organisé autour du château en mai dernier un salon d’antiquaires de prestige pour montrer combien il est attaché au patrimoine mobilier de sa région. Mais il aime surtout raconter les anecdotes des cousins ingénus de la famille royale anglaise, en visite chez lui. Car Orazio Landi même s’il revendique des racines aristocratiques est très à l’aise autour d’un verre de vin et une assiette de tortelli, de délicieuses pâtes maisons.


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