Chiapas - 

Carnet de voyage au Mexique d'une militante de l'anti colonialisme - Part II - Chiapas

Laure Glemain - 28 juillet 2013
"Alors ici c'est passionnant mais on commence à plus trop savoir ce qu'on peut mettre sur le blog ni quoi écrire pour Micmag car c'est tendu et c'est interdit de mettre quoi que ce soit sur les Facebook et tout ça. On voit que notre blog est visité par des personnes depuis les States et la Russie".

Bref, on se rapproche beaucoup des militants, des zapatistes mais c'est très difficile pour eux, comme ils le disent eux-mêmes, nous sommes dans un pays en guerre et c'est ta vie que tu mets en jeu. C'est une guerre dite de basse intensité, sournoise, violente et tournée contre son propre peuple. Il paraît que ce sont les States et la France qui ont importé cette merveille. Difficile de comprendre et de supporter ces paramilitaires made in US qui semblent totalement dénués d'humanité.

En France, on avait entendu que le Sud du Mexique était plus tranquille car n'intéressait pas les narcos. A Mexico, on nous a dit qu'il fallait faire exception de la frontière Guatémaltèque où les Narcos comme les paramilitaires raptaient les femmes immigrées

pour alimenter le réseau de prostitution de tout le Mexique. Et bien malheureusement, ça se confirme. Les Latinos arrivent de l'Amérique centrale dans le but d'aller aux US mais le passage par le Mexique s'avère dramatique. On nous dit ici qu'aucune femme ne passe la frontière sans être a minima violée. Il y aurait par ailleurs des espèces de camps retranchés où elles seraient enfermées et maltraitées avant d'être envoyées dans le réseau. C'est épouvantable. Un début de résistance s'organise, il y a quelques foyers d'accueil mais c'est misérable par rapport à la puissance et à la cruauté des autres.

Et pour les Chiapanèques aussi, ça reste tendu, ils sont harcelés et le pouvoir n'en finit pas d'essayer de vaincre la résistance : par la peur, l'argent, des arrestations arbitraires, etc... On garde espoir, tout le monde garde espoir mais l'équilibre reste très fragile.

Nous sommes retournés à la Cideci, l'Université de la Terre. Le collectif colombien Dexpierte (Hijos et Hijas por la Memoria contra la impunidad) de la Retos (Red Transnacional Otros Saberes)  a présenté 2 documentaires :

"Amnesias", une recherche et expérimentation artistique de résistance contre l'oubli, le mensonge, le silence des assassinats de leurs propres parents, résistants des années 70/80. L'expression est centrée sur un travail collectif de peintures murales (comme on en voit tant ici) réalisées sur les lieux des assassinats et utilisées comme communication alternative aux medias corrompus.

"Escuela : Desaprendiendo para liberar" sur le développement d'écoles alternatives, où l'enseignement est réalisé dans la langue locale et inclut toutes les mémoires et non l'histoire officielle falsifiée. C'est une école où chacun va à son rythme.

Là encore, c'est très proche de ce qui existe au Chiapas et les échanges sont nombreux. Ils disent s'être inspirés des zapatistes et du mouvement brésilien "Movimento Sim Terra".

Et nous avons vu enfin le documentaire "No existe Nueva Villa Flores ?" qui montre comment les Indiens du Laconda sont chassés de leurs terres. 80% de la forêt a été détruite. On leur propose des indemnités ridicules et on les chasse.

Les Indiens de cette région résistent depuis 30 ans.

Dans le documentaire, on voit comment ces habitants assurent la préservation de la nature car le prétexte qui est donné est de faire de cette région un espace protégé.

Nous partons mercredi dans les communautés comme observatrices de la paix pour 15 jours. Nous ne serons pas du tout joignables sur cette période. Disons qu'on ne craint rien dans la mesure où la nationalité française préserve plus ou moins des problèmes et que lorsque ce n'est plus le cas, les orgas retirent les observateurs internationaux. C'est un vrai échange, notre présence leur est utile mais ils ne nous mettent pas en danger. Nous devrons bien entendu suivre strictement les consignes des communautés justement pour notre propre sécurité.

La escualita zapatiste se déroule pendant ce même temps et il y a plein d'autres événements prévus. La ville se remplit de jours en jours de toutes sortes de gens qui arrivent de partout ainsi que de policiers...

A noter que la constitution mexicaine interdit strictement à tout étranger de participer à des manifestations politiques. On nous a bien expliqué que nous devons nous mettre de côté, en tant qu'observateurs, lorsque nous voulons rejoindre ce type de mouvement. Ca a du jouer à Oaxaca sur les problèmes qu'ont eu les étrangers.

Voilà, voilà. On vous raconte à notre retour.

Besos.

Laure Glemain



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