Paris - 

Des artistes brésiliens sous le choc d’une éventuelle destitution de Dilma Rousseff

Hélios Molina - 1 avril 2016
L'acteur Wagner Moura, le musicien Caetano Veloso, la chanteuse Elza Soares et tant d’autres prennent position contre ce qu’ils nomment « um golpe », un coup d’État. Le ton est grave, les rires ont disparu, l’humour aussi. Le Brésil est dans une mauvaise passe.

Quinze figures de proue de la culture brésilienne, dont Alcione, Beth Carvalho, Chico Buarque, Chico Cesar, et Otto. (Photo/capture d'écran Facebook).

Personnalités du théâtre, du cinéma, de la musique, figures de premier ou de second plan s’expriment sur les réseaux sociaux ou par vidéos interposées, en raison d'une probable destitution (impeachment) d’une présidente qui n’a aucune inculpation de corruption sur le dos (cf la  vidéo ci-dessous).

Wagner Moura du cinéma, Caetano Veloso de la musique et tant d’autres s'insurgent contre ce qu’ils nomment « um golpe » un coup d’État. « Le Brésil est dans une mauvaise passe » dit l’un d’eux. Car concrètement, Dilma Roussef, présidente de la République, n’a rien à se reprocher personnellement en matière de corruption. Si ce n’est d’avoir offert un poste au gouvernement à Lula qui tenterait ainsi de se soustraire à la justice. Les reproches sont surtout d'ordre économique.

"Des médias qui font ou défont la politique du pays"


Les arguments des artistes et opposants à cet "impeachment sont de deux ordres. Premièrement, la destitution éventuelle de Dilma Roussef a été confiée à une commission d’éthique de 65 parlementaires, dont un bon nombre devrait avoir des comptes à rendre pour corruption passive, soit 35 personnes. La société de bâtiment et travaux publics Odebrecht, l'équivalent de  Bouygues au Brésil, a soudoyé un grand nombre de politiciens du pays. La liste vient d’être rendue publique et comme par hasard, les grands médias ont flouté les noms des politiciens impliqués. Parmi eux, des membres du Partido do movimento democrático brasileiro (PMDB), le parti du centre, qui était dans la coalition gouvernementale et qui vient de lâcher Dilma.

De plus, ces opposants reprochent à la droite d ’être appuyée par les cinq plus gros médias privés du pays (Groupes Globo, Abril, Folha, Record, RBS), le monde de la finance et le patronat. Des médias qui font ou défont la politique d’un pays et qui n’ont cessé de tirer à boulets rouges sur les erreurs économiques ou sociales d’un gouvernement impuissant face à une dégringolade du pouvoir d’achat et d’acquis sociaux.

Certains lui tiennent aussi grief d’avoir nommé Joaquim Levy (ancien banquier néo libéral) durant de nombreuses années au poste de ministre des Finances. Des médias qui ont appuyé en silence le coup d’État militaire de 1964 (à l’exception du journal Estadão). Car Lula ou Dilma, grave erreur, n’ont pas mis à profit toutes ces années, pour mettre sur pied l’édification d’une chaine de TV publique digne de ce nom.

"Un possible successeur cité dans des affaires de corruption"


Donc une destitution de Dilma Rousseff, cela ferait l’affaire de tous ces politiciens cités dans les affaires de corruption qui craignent la prison. Et jusqu’à présent, Dilma Rousseff a laissé travailler juges et police fédérale sans entraves. « Avec un changement de gouvernement et le retour de la droite, il y a fort à parier, que tous ces hommes compromis puissent poursuivre leur carrière sans être inquiétés » soulignent les artistes. Un milieu culturel attristé et très touché au Brésil comme dans de nombreuses capitales, qui demande à ce que soit respecté un état de droit « durement acquis ».

À Paris le groupe MD18 initié par des étudiants, s’est lancé dans une série de manifestations et de débats pour apporter un éclairage différent aux Français perplexes. Tandis que d’autres capitales sont entrées dans la contestation contre la destitution : Londres, Munich, Dublin, Barcelone, Berlin, Santiago du Chili, etc. Les anti « golpe »  sont nerveux et pour cause. Michel Temer président du PMDB devrait succéder à Dilma en cas de destitution. Et celui-ci est aussi cité dans la liste d'élus qui ont goûté aux largesses de Petrobras. Mais ces agitateurs citoyens de par le monde pourront-ils faire entendre leur voix face à une destitution qui devrait être confirmée à la mi avril ?

Hélios Molina pour Micmag.net



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