Paris - Photos - Expo

Voyage dans le quotidien d’un détenu

Marie Torres - 6 févriier 2015
L’exposition à la Maison Européenne de la Photographie présente une centaine de photographies et montre pour la première fois le travail réalisé par Grégoire Korganow dans une vingtaine de prisons françaises.

« En 2010, je réalise mes premières photographies dans les prisons françaises pour le film de Stéphane Mercurio, À l’ombre de la République (production Iskra). Je rencontre alors le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean Marie Delarue, qui me nomme quelques mois plus tard contrôleur. De janvier 2011 à janvier 2014, je pénètre au cœur de l’enfermement en France. Je visite près d’une vingtaine d’établissements pénitenciers. Je reste entre cinq et dix jours dans chaque prison. Je peux tout photographier, l’intérieur des cellules, la cour de promenade, les parloirs, les douches, le mitard (quartier disciplinaire)… Le jour, la nuit. Aucun lieu ne m’est interdit. (…) Je saisis l’indicible, le temps qui s’arrête, la vie qui rétrécit, qui s’efface.  Je ne montre aucun visage. Je ne raconte pas d’histoire. Je m’en tiens au traitement des individus et de leur intégrité. Je m’en tiens à ce que la spatialité, les mouvements, les postures, les marques corporelles révèlent de la condition carcérale aujourd’hui. »

Comment restituer en image l’enfermement, la contrainte, la séparation, l’arbitraire ?

Au 1er janvier 2014, la France comptait 67 065 détenus incarcérés, répartis dans 191 prisons, pour une capacité d'hébergement d’un peu plus de 57 000 places. En 2013, la durée moyenne de détention était de 11,5 mois.

Alors, comment photographier la prison ? Comment restituer en image l’enfermement, la contrainte, la séparation, l’arbitraire ? Grégoire Korganow l’a fait. Il a, de janvier 2011 à janvier 2014, photographié les prisons françaises pour le Contrôleur Général des Lieux de Privations de Libertés.  

Ses photos sont aujourd’hui exposées à Paris, à la Maison Européenne de la Photographie et regroupées dans un très bel ouvrage « Prisons  67 065 ». Des photos très éloignées des clichés et des images chocs, qui révèlent, avec beaucoup de pudeur, la réalité de la prison. L’ennui, la violence, le bruit permanent, les odeurs. La vie qui s'arrête.

 « Ce n’était pas l’événement qui m'intéressait, mais ce qu'il induisait »

« J'ai évité le spectaculaire. Je trouve que présenter tout seul dans sa cellule un détenu qui vient de se faire tabasser traduit mieux la violence que de montrer l'altercation elle-même. Ce n’était pas l’événement qui m'intéressait, mais ce qu'il induisait. Le problème du spectaculaire, c'est que ça met à distance le spectateur. Cela l'empêche d'entrer dans une histoire ordinaire. » déclarait-il le 5 février sur la chaîne d’information BFMTV.

Une très belle exposition à découvrir à la Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 5 avril prochain. A noter aussi, la parution aux Belles Lettres, de son ouvrage « Prisons 67 065 ».

Marie Torres
Maison Européenne de la Photo
5/7 Rue de Fourcy - 75004 Paris
Ouvert au public du mercredi au dimanche, de 11h à 19h45.
Fermé lundi, mardi, jours fériés
Métro
Ligne 1 | Saint Paul
Ligne 7 | Pont Marie
Ligne 11 | Hotel de Ville
Bus
Rue de Jouy | Bus n° 69 - 79 - 96 - Bb - N11 - N16
Rue Vieille du temple Mairie du 4e | Bus n° 96
Saint Paul | Bus n° 69 - 76 - 96 - Bb - N11 - N16
8 euros
A Lire
« Prisons 67 065 »
Grégoire Korganow
Les Belles Lettres, 2015
39,90 euros
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