24-01-2012 17:24:44

Vin, show-biz et politique en Lubéron

Producteur de films à succès, maire du village de Ménerbes et viticulteur, Yves Rousset-Rouard est partout où son tempérament passionné peut s’exercer. Un de ses coups de cœur : la création d’un musée consacré au tire-bouchon.

Par Hélios Molina (Paris)

Le Domaine de Citadelle est situé sur le versant nord du massif du Lubéron, à 35 km d’Avignon, au bas du village de Ménerbes. Comparée aux châteaux et bastides des environs, la bâtisse n’a rien d’exceptionnel, bien que la bergerie des débuts ait été remaniée dans le respect du style local pour accueillir la production des 40 hectares de vignes disséminées dans la commune. Un chai par gravité, des cuves en inox thermo-régulé pour un contrôle constant des températures pendant les fermentations, donnent une vision futuriste de la viticulture. Le domaine produit à ce jour quatorze cépages différents, grâce à des soins particuliers et des principes : ni désherbant ni engrais chimique, respect de l’environnement.

Du cinéma au tire-bouchon

A l’origine de cette aventure, en 1989, une forte personnalité locale, Yves Rousset-Rouard, producteur de long-métrages, à qui l’on doit notamment Le père Noël est une ordure et Emmanuelle. Il fut aussi l’homme qui révéla au grand public l’équipe du Splendid. Si l’on ajoute à ces multiples facettes, celle d’homme politique (député du Vaucluse pendant quatre ans et actuel maire de Ménerbes), on comprend qu’en matière de communication, l’homme n’est pas un profane. En 1993, sans la fibre émotionnelle du collectionneur, il créait l’un des plus atypiques musées de France et de Navarre : le Musée du Tire-Bouchon. Ce qui n’aurait pu être qu’un fabuleux instrument de promotion locale -les écomusées, qui fleurissent de toute part en France ont apporté une muséographie souvent tristounette des traditions locales- apporte, au contraire, une vision mondiale d’un instrument dont on ne soupçonnait pas la richesse. La présentation par thème (animalier, publicitaire, technique, précieux et même érotique) dans plus de 50 vitrines est exemplaire. Il permet de mettre en relief un objet du quotidien, de connaître l’histoire et le travail des maîtres forgerons d’autrefois, d’artistes populaires du XVIIème siècle à nos jours, et cela dans plusieurs pays.

Les Anglais précurseurs

L’origine de cet instrument date du XVIIème siècle, sans que l’on ait de détails précis ou écrits. Une thèse (invérifiable) atteste qu’il serait né grâce aux armes à feu. La mèche vrillée du tire-bourre servait à extraire la poudre à canon. Mais les Anglais, grands amateurs de vin, ont été précurseurs dans plusieurs domaines. Deuxième moitié du XVIIème siècle, ils élèvent leur vin en bouteille plutôt qu’en barrique et inventent le bouchon de liège qu’ils importent du Portugal. Pour extraire le bouchon, ces messieurs font appel au forgeron qui fabrique des tire-bouchons en forme de T. Mais ce vin en bouteille était consommé par les classes aisées et le forgeron fit graver les initiales ou les sceaux des commanditaires. Ce n’est qu’en 1795 que l’on trouve trace d’un brevet pour un tire-bouchon en Angleterre. Mais rapidement les Français, les Allemands et les Nord-Américains font de même. Aux Etats-Unis, le succès est aussi grand que le pays. Entre 1880 et 1900, plus de 260 brevets sont déposés. L’instrument prend peu à peu une liberté de forme et de relief, il devient une œuvre d’art à part entière. L’on verra des fabrications faites dans l’or, l’argent, l’ivoire, la nacre et les pierres précieuses. Le forgeron laissera place à l’artisan d’art et à l’orfèvre.

Plus de mille spécimens exposés

Si ce musée ne possède rien des tous premiers tire-bouchons anglais, on peut y voir quelques beaux spécimens français du XVIIème siècle. Plutôt que le classement par ordre chronologique, on a préféré la présentation par famille. Les premières vitrines nous apprennent les étapes de la fabrication des mèches. Au fur et à mesure, on découvre les milles et une façons de décliner le tire-bouchon au fil des siècles : taille, forme, matière, technicité…comme ce modèle anglais en argent et ivoire du XIXème siècle, cette défense de phacochère  et argent ciselé du XIXème siècle, venue des Etats-Unis ou encore ce modèle Thomason anglais à cage, du début du XIXème, muni d’une brosse pour éliminer les débris de cire du goulot. Plus de mille modèles exposés font rêver les amateurs. Le tire-bouchon est d’ailleurs de plus en plus collectionné. Le seul inconvénient, dans le haut de gamme, étant lié aux prix pratiqués en salle des ventes, qui font parfois frémir. Le Musée du Tire-Bouchon du Domaine de La Citadelle n’est sûrement pas étranger à cette fulgurante montée des prix…

Des prix canons

Chez Christie’s, à Londres, en 1997, un tire-bouchon, atteint la somme de 184 000 FF (28 050,62 euros). Certes, il ne s’agissait pas d’un instrument banal. Du milieu du XVIIIème siècle, il était en argent et portait une dédicace royale. Les enchères peuvent aller jusqu’à 40 000 euros. Depuis la création du Musée du Tire-Bouchon, l’importance donnée aux objets du vin et la mainmise des Américains sur ce thème ont fait monter les enchères. Maître Petit, commissaire-priseur à Epernay, fait partie de ces spécialistes qui ont contribué au phénomène. Il a ainsi adjugé trois œuvres originales avec, sur la corne polie, des formes de poisson ou de crocodile pour plus de 300 euros. Un amateur modeste peut aussi se constituer une collection à moindre prix (objet à partir de 15 euros). Pour des pièces fin XIXème, ou plus anciennes, comptez 100 euros minimum. Mais tous les amateurs ne recherchent pas l’aspect esthétique. Et le thème paraît sans fin, car chaque pays a eu son idée sur la façon de concevoir cet ustensile. Les clubs de collectionneurs foisonnent en France, en Angleterre et aux Etats-Unis. Des copies sont même fabriquées et vendues chez des antiquaires peu scrupuleux. Cette arnaque touche surtout le monde anglo-saxon, moins regardant sur l’authenticité. Le tire-bouchon est entré dans l’univers sélectif des objets d’art et d’antiquité.

Yves Rousset-Rouard : la consécration par les plus grands

"J’ai créé ce musée à cause d’une rencontre inopinée. J’étais à l’hôtel Drouot pour acheter un tableau et j’apprends qu’une vente de collection de tire-bouchons a lieu le lendemain. Une collection modeste appartenant à un sommelier. Cent vingt pièces, dont certaine exceptionnelles, en argent, des pierres précieuses du XVIIème. J’ai eu un déclic et je me suis dit que j'allais créer le premier musée du tire-bouchon au monde … J’avais commencé ma vie de collectionneur en une heure de temps, tout en gardant le doigt levé à Drouot. Quelques mois plus tard (grâce à l’aide de nombreux marchants présents à la vente), je me suis retrouvé avec plusieurs centaines de tire-bouchons. J’ai alors été coopté dans un club très fermé, celui du International Corkscrew Addicts (réunion sélecte de collectionneurs de tire-bouchons), formé de cinquante membres. L’on ne peut y entrer qu’à la disparition d’un des membres. Paolo di Santi, grand collectionneur italien, m’a parrainé. Tous les ans, ce club se réunit dans un pays différent. Pour ma plus grande fierté, il s’est retrouvé, il y a quelques années, à Ménerbes. C’était une consécration de mon musée par les plus grands collectionneurs du monde".



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