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Le Buenos Aires inédit des années 1930

Marie Torres - 17 février 2016
C’est entre 1937 et 1942 que Roberto Arlt rédige les chroniques réunies et publiées pour la première fois dans le recueil « Dernières nouvelles de Buenos Aires ». Observateur à la plume acide, il dresse une étude fine, pleine d’humour et d’interrogations, des mœurs de son époque. Irrésistible.

L'auteur argentin croque la société de Buenos Aires des années 1930, sa ville natale. (crédit photo : Horacio Coppola)

Quelle chance ! Soixante-quatorze ans après sa mort, voilà que nous arrivent quarante-cinq chroniques journalistiques inédites de Roberto Arlt (1900-1942).

Une chance, un bonheur même, car c’est un réel plaisir de découvrir ces petits tableaux rédigés avec une plume acide et pénétrante. Moqueuse certes, mais qui peut se faire tendre et reste toujours légère.

Malicieux, railleur, Roberto Arlt l’est lorsqu’il dénonce les travers de la société dans laquelle il vit. Le progrès, par exemple.

« On se lève le matin, on s’engouffre dans une voiture qui fonce dans des galeries souterraines ; on voyage loin de la lumière du jour; on respire deux minutes l’air de la rue avant de retourner dans un sous-sol ou dans un bureau pour travailler sous la lumière artificielle. […] Mais qu’à cela ne tienne, cent mille zigotos appellent ça le progrès ! ».

Pas tendre non plus, Roberto Arlt, avec la production littéraire de son époque. « Il n’y a pas  d’hommes de lettres. Tout au plus, on peut compter sur une demi-douzaine d’écrivains discrets et de poètes lisibles. Le reste ne vaut rien. »

Même ton caustique et drôle pour évoquer les travers de Buenos Aires et de ses habitants : les bars allemands, les interminables travaux dans la ville, les voyantes, les friperies… Mais le ton change, s’adoucit, quand il s’agit de s’introduire dans un café au côté d’un vieux poivrot, dans « les coulisses d’une jeune Espagnole venue chercher du travail chez nous » ou encore au milieu de la foule qui assiste à l’exécution d’un anarchiste.

Le regard de Roberto Arlt ne s’arrête pas là. Il va au-delà du continent américain. Vers l’Europe. Une Europe disloquée.

« L’homme, l’homme de la rue, qui ne sait rien de la politique, ni de l’économie, ouvre les journaux et constate, déconcerté […] que les gouvernements des pays démocratiques ne font que parler de paix tout en menant une course aux armements en vue d’une guerre violente, parce que l’autre, la guerre économique, elle va bon train depuis longtemps ».

Et bien sûr, il y a la relation de l’auteur avec ses lecteurs, comme le souligne dans l’introduction l'écrivain argentin Ricardo Piglia : « La relation de cette œuvre avec ses lecteurs importe. D’abord parce que Roberto Arlt incorpore le lecteur à ses écrits. Il le prend à partie. L’interpelle en tant que destinataire de ses missives sur un mode qui n’est pas sans rappeler ces phrases anonymes, souvent incisives écrites sur les murs des villes que le passant emmène avec lui. »

Une étude de moeurs, fine, pleine d’humour et d’interrogations. Irrésistible.

Marie Torres pour www.micmag.net
Dernières nouvelles de Buenos Aires
Roberto Arlt
Traduction Antonia Garcia Castro
Editions Asphalte, février 2016
18 euros

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