Artistes du recyclage, débrouille et rires, récup et bonheur !

Par Hélios Molina - 
Artistes, acteurs sociaux, individus poussés par la crise vers « la débrouille », cas isolés, la récupération, le recyclage sont à présent dans tous les esprits, toutes les bouches. Mais qui sont réellement ces acteurs et quelles sont leurs actions ?

Les biffins sont à la source de cette échelle des professionnels de la récupération. Des pionniers qui parcourent des kilomètres dans les quartiers parisiens fouillent malgré les interdictions municipales dans les bennes. Les biffins n’ont pas la vie facile : ils se font souvent chasser des puces de St Ouen (le marché aux voleurs porte de Montmartre) par la police ou se voient attribuer des contraventions alors qu’ils ont du mal à survivre et que le travail est pénible. L’étal est souvent confisqué par les policiers. Malgré ce jeu du chat et la souris, en temps de crise, ce marché a pris une dimension exponentielle. Retraités à la dérive, chômeurs, marginaux de tous poils ont rejoint le marché des biffins. Pour ceux-là, la récupération n’est pas une mode mais une nécessité. Pour d’autres, jeunes étudiants par exemple, récupérer est une façon de se démarquer, se meubler sans débourser un centime et l’on obtient ainsi un intérieur entièrement dépareillé. Un amusement économique dans le vent qui crée un nouveau style. Pour une autre catégorie d’individus, récupérer, est une manière d’occuper son temps libre. C’est un sport très souvent féminin que d’arpenter les brocantes pour dénicher des objets rares à trois sous et les transformer. Certains en ont fait une profession du dimanche et se disent créateurs ou designers. Les Récréateurs une association de l’île de la Réunion (aujourd’hui chassée de son immeuble par les forces de l’ordre) déclarait à un de nos confrères de cette île : « Nous sommes partis d’un constat, le consommateur pour se meubler a le choix entre  deux méthodes : les grandes enseignes ou le haut de gamme... Du coup, nous partons d’objets récupérés chez Emmaüs, dans les déchetteries ou chez les particuliers ». Et Anne Laure, l’une des fondatrices de ce mouvement réunionnais de conclure : « nous ne nous considérons pas comme des designers, des artistes mais comme des artisans. » En métropole, le détourneur qui met en forme sa production passe très rapidement du statut d’artisan à celui d’artiste.

le vêtement, une belle affaire commerciale !

Et malheureusement les prix affichés sont parfois excessifs. Du coup, les objets intéressants, lampes, chaises, tables, faits à partir de récup peuvent être chers même s’ils conservent ce caractère de pièce unique. Quatorze plasticiens et designers qui « font du beau avec du vieux » ont même eu une belle vitrine à Paris dans les 450m2 de la galerie Wanted à deux pas du Carreau du Temple, avec en vedette, un canapé conçu à partir d’une baignoire ou un fauteuil fait de bobines de papier. Dans le vêtement récupéré, certains se sont construit une sacrée réputation avec un nom devenu une belle affaire commerciale. Tel est le cas de la créatrice Maroussia Rebecq aujourd’hui à la direction artistique de la marque de vêtements Andrea Crews. De nombreux médias dont la chaîne franco allemande Arte se tournent vers cette jeune dame qui tient un autre discours. « Mon idée de recycler les vieux vêtements m’est venue lors de ma première année aux Beaux-arts de Bordeaux. Je me suis demandée comment on pouvait s’habiller de façon différente quand on est étudiante fauchée et qu’on refuse l’uniforme Zara. J’ai commencé à m’habiller dans les poubelles. De là est venue l’idée de mon premier défilé en 97 » déclare l’électron libre de la mode à la presse parisienne. Puis la jeune dame qui refuse les étiquettes ajoute  : «Ce qui nous intéresse au-delà du vêtement à proprement parler  c’est de créer le mouvement, les énergies, de tisser du lien social.  Andrea Crews est une mode alternative et hors tendances... Nous sommes sensibles à tout ce qui touche à l’environnement sans pour autant vouloir surfer sur la tendance des vêtements bios. » Andrea Crews n’est au départ qu’un simple nom de collectif d’artistes qui s’est rapidement mué en marque. Une autre formule magique est celle de la dénommée association « Art gens » à Lyon. Celle-ci avec ses six salariés et ses 200 adhérents, tente de s’attaquer au déchet et de le transformer en objet créatif prêt à prendre place dans notre intérieur. (voir interview). Parfois la démarche des créateurs est solitaire et loin des projecteurs mais toujours citoyenne et c’est le cas de Anne Mangeot, 47 ans, près d’Avignon. « Pour moi récupérer et recycler est un passe-temps du week-end. Je chine aussi pour le côté écologique de la démarche car je trouve qu’il y a trop de choses sur la planète ».  Anne récupère le vêtement en jean pour le transformer en sac. « Tout m’interpelle que ce soit un embrayage de voiture, un égouttoir métallique pour le transformer en pied de lampe. » Anne, comptable durant la semaine, préfère le qualificatif d’artiste à celui d’artisan. « Comptable est une personne qui fait attention aux dépenses. Le tout est lié à ma démarche de recyclage, une autre forme d’économie. » Chez elle le choix des matériaux est important. Comme beaucoup de proches, elle chine dans les vide greniers et constate que la chasse au gaspillage est dans tous les esprits. « Même les jeans que je récupère, au Secours catholique sont usés jusqu’à la corde. Dans les vide-grenier, il y a du changement. Avant l’on trouvait du neuf ou du semi neuf. A présent, les objets sont plus qu’usés. » Même démarche solitaire du côté de Toulouse pour Eric Claverie, graphiste et artiste dans la récupération. Ce « créateur écologique » fait référence au « slow design » un mouvement qui crée des pièces uniques à partir de diverses récupérations. Les tendances sont aussi nombreuses que les créations. Car la récup et le discours qui accompagne cette démarche ont le vent en poupe.

Photos du dessous de mode de Maroussia-Photo du dessus équipe de Argens.

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