- Lire

Les Girls du gourou Charles Manson - Retour sur une tragédie

Marie Torres - 13 septembre 2016
Dans la nuit du 8 au 9 août 1969, Sharon Tate, épouse de Roman Polanski, et quatre de ses amis sont sauvagement assassinés à Los Angeles. Les coupables ? Les « filles ». Des adeptes de Charles Manson. Deux ouvrages, « The Girls » et « California Girls » reviennent sur ce tragique événement.

Août 1969. Des milliers de hippies s’apprêtent à rejoindre Woodstock pour trois jours de paix, de musique et d’amour… Ils ignorent encore que ceux qui, quelques jours plus tôt, ont commis une horrible tuerie, se disent des leurs.

C’est dans la nuit du 8 au 9 août 1969 que trois femmes et un homme, membres d’une secte baptisée La Famille, pénètrent dans la villa californienne de Sharon Tate, actrice et épouse de Roman Polanski. La jeune femme, enceinte de 8 mois, passe la soirée avec quatre de ses amis. Ils seront tous sauvagement assassinés. Ce n’est que plusieurs semaines plus tard que la police arrêtera les auteurs des meurtres et leur commanditaire, Charles Manson.

Ex-truand, musicien sans grand talent, il fréquente des stars du show business de l’époque comme Dennis Wilson des Beach Boys ou encore Neil Young. Il est aussi un fan inconditionnel des Beatles dont il interprète, à sa manière, les textes y trouvant des messages ; dans Piggies, par exemple, la révolte contre l’establishment, dans Helter Skelter, la preuve du désordre et du chaos dans lequel le monde se retrouvera lorsque la communauté noire gouvernera. C’est pourquoi il fait assassiner des personnes fortunées en essayant de faire accuser les Black Panthers.

Charles Manson et ses adeptes seront condamnés à mort, peine commuée en prison à perpétuité ; Manson, âgé aujourd’hui de 81 ans, est toujours incarcéré à Corcoran, ses douze demandes de libération conditionnelle lui ayant été refusées. Ces meurtres, d’une grande cruauté, ont bouleversé l’Amérique mais aussi l’Europe. Beaucoup diront qu’ils ont marqué la fin de l’insouciance des années 1960, celles du Flower Power.

Plongée dans les mécanismes de l'endoctrinement

Difficile d’imaginer qu’aujourd’hui on puisse écrire sur cette affaire sans tomber dans le voyeurisme et l’abject. Simon Liberati et Emma Cline l’ont pourtant fait sans s’égarer dans le sordide. Ils signent, l’un, California Girls et l’autre, The Girls. Deux romans complémentaires qui, s’ils ne répondent pas à toutes nos questions, nous font pénétrer au cœur même du mal, du Mal absolu, et nous plongent dans les mécanismes de l’endoctrinement.

Dans California Girls, Simon Liberati choisit de se focaliser sur les meurtres de Sharon Tate et de ses amis. Aidé par les nombreux témoignages des « girls », il décortique minutieusement les heures qui les ont précédés et suivis et décrit les crimes de l’intérieur, en entrant dans l’intimité des personnages.

« Tu lui as donné la vie, Sadie, car tu lui as retiré sa peur. Maintenant Sharon est heureuse, elle est libre. La mort est un bad trip, une hallucination. Sadie fronça les sourcils, elle avait beau être amoureuse de Charlie, elle se souvenait du cadavre de Sharon Tate, cette méduse écrasée sur le tapis, et doutait un peu qu’elle fut heureuse que Tex se soit occupé d’elle. Charlie perdait le contact avec le réel, voilà peut-être pourquoi il évitait d’assister aux meurtres. »

Une véritable autopsie du Mal, avec parfois des détails difficilement supportables. C'est aussi une analyse minutieuse des mécanismes de l’emprise, emprise du gourou et emprise des drogues.



Drogues et orgies sexuelles

Avec The Girls, Emma Cline prend un autre angle. Son récit débute des années après les faits. Sa narratrice, Evie, a fréquenté, à la fin des années 1960, la secte du charismatique Russell (ici les noms sont changés) mais n’a pas participé aux meurtres. Elle se rappelle comment l’adolescente paumée qu’elle était s’est laissée endoctriner.

« Peut-être qu’une partie de moi-même savait où cela aboutirait, un scintillement enfoui dans l’obscurité ; peut-être percevais-je la trajectoire possible, et la suivais malgré tout. Plus tard cet été-là, et à diverses périodes de ma vie, je passerais au crible les grains de cette nuit, à l’aveuglette. »

C’est dans un ranch, délabré et crasseux, que nous entraîne l’auteur. Là, sous l’emprise d’un gourou, une communauté, majoritairement féminine, vit de drogues, d’orgies sexuelles, de produits volés ou trouvés dans les poubelles. Ces jeunes filles fuient toutes une vie « trop réglée », sans surprise. Toutes sont à la recherche d’un monde meilleur. Elles finiront en enfer.

Marie Torres pour www.micmag.fr
California Girls de Simon Liberati,
Ed. Grasset, 17 août 2016, 20 €.

The Girls de Emma Clines, (traduction de Jean Esch),
Ed. de La Table ronde, 25 août 2016,
336 p., 21 €.

  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • linkedin
  • Mixx
  • MySpace
  • netvibes
  • Twitter
 

Eventos

El mundo del vintage

Liverpool : Sur les docks,
quatre garçons dans le vent

Liverpool ? On peut bien sûr penser à son équipe de foot mais aussi et surtout à ses quatre fabuleux garçons. Paul, John, George et Ringo à qui la ville rend un magnifique et permanent hommage. Embarquement immédiat. La suite, ici.

Salir en Paris (Pincha en el título)

Dès la nuit tombée, l’intérieur des Invalides s’anime grâce à la magie de la lumière, de la musique orchestrale et du vidéo mapping pour dévoiler ses décors et son patrimoine exceptionnels. Et, pendant près de 50 minutes, vous êtes conviés à une déambulation nocturne et sensorielle. Guidés par la lumière, vous explorez les six chapelles qui entourent la crypte du tombeau de Napoléon Ier, où progressivement, l'invisible se révèle. Un spectacle magnifique. Pour en savoir plus, ici.

Ultima hora

La peur de s'exprimer dans une langue étrangère

Alors que des millions de Français s’apprêtent à voyager vers l’Espagne, l’Italie ou le Portugal, une étude du Cercle des Langues révèle que la barrière linguistique génère du stress pour 80 % d'entre eux, influençant jusqu’à leur choix de destination.

 
Une rentrée littéraire 2026 en légère baisse

Après la hausse de 2025, le nombre de romans publiés à la rentrée repart à la baisse, mais reste, avec 461 titres entre août et octobre, très légèrement supérieur à son niveau de 2024.

 
Un biopic sur les Rolling Stones ?
Encouragé par le succès des films biographiques musicaux, Mick Jagger se dit « intéressé ». par un biopic sur les Rolling Stones. La question est, selon lui : « Quelles sont les deux années qui valent la peine d’être racontées ? »...
 
Peine de mort en forte hausse

Dans son rapport annuel, l’ONG recense 2 707 cas pour seulement 17 pays, soit le plus haut niveau depuis 1981. Un bond principalement dû à l’Iran où les peines de mort ont plus que doublé l’an passé.

 
Ecosse, le livre a toujours son public

Si la vente de livres continue de ralentir dans le reste du Royaume-Uni, l’Écosse arbore une santé surprenante avec des ventes en progression, confirmant une dynamique déjà visible l’année précédente d'après le Bookseller.