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Une histoire érotique de l'Elysée de la Pompadour aux paparazzi

Marie Torres - 21 octobre 2019
L'Elysée ? Un lieu de pouvoir, certes, mais aussi d'érotisme et de plaisir... "La plus belle maison d'aisance"... C'est cette histoire-là, celle du libertinage au palais présidentiel, que nous raconte Jean Garrigues. Passionnant et succulent.

Vous pensez peut-être tout savoir, ou en savoir suffisamment, sur l'Elysée. Un hôtel particulier construit au XVIIIe siècle pour le comte d'Evreux qui... Je vous arrête. Ce n'est pas cette histoire-là, sérieuse et officielle, que nous propose Jean Garrigues. Non, c'est l'histoire vue par le petit bout de la lorgnette. L'histoire, disons croustillante, de cette illustre demeure.

"les jeunes créatures appelées à satisfaire ses appétits"

Son origine est déjà... un peu singulière : en 1718, le comte d'Evreux commande, aux frais de son beau-père, la construction d'un hôtel particulier pour y héberger sa maîtresse…  Et, ça ne s'invente pas, l'hôtel est bâti sur un lopin de terre appelé le terrain des Gourdes "non pas à cause des femmes de mauvaise vie qui y erraient parfois, mais parce que l'on y cultivait des cucurbitacées."

Un peu plus tard, en 1753, Louis XV l'offre à sa favorite, la Pompadour. Mais attention, la marquise n'est plus celle qu'on nommait "la putain du roi", "Madame avait la tête vive et le coeur sensible ; mais elle était froide à l'excès pour l'amour". Les temps changent. Elle devient donc la confidente du roi, celle qui lui choisit "les jeunes créatures appelées à satisfaire ses appétits".

"des fantaisies passagères"

En 1797, l'hôtel se transforme en un "établissement de plaisirs" et accueille les Incroyables et les Merveilleuses. "Il semble que les bosquets et les grottes aient abrité les ébats de cette jeunesse débridée, quand ce n'était pas quelques professionnelles venues des Champs-Elysées, où la prostitution était monnaie courante."

Quelques années plus tard, c'est Joachim Murat, beau-frère de Napoléon 1er, qui rachète l'hôtel d'Evreux pour en faire son "palais princier". Mais c'est sa femme, Caroline, qui prend en main le lieu et organise de grands bals où se retrouve le Tout-Paris et où l'empereur y vient déguisé... "Caroline, qui détestait Joséphine de Beauharnais, se fit un malin plaisir à jouer les entremetteuses pour y procurer à l'Empereur ce que la comtesse de Rémusat appelle "des fantaisies passagères"..." Bref durant le "temps des Bonaparte" les aventures les plus cocasses se succèdent entérinant la réputation du palais "C'est ainsi que jusqu'à la fin du second Empire, l'Elysée continua à distiller un parfum d'érotisme, car il était le refuge du bon plaisir des souverains".

"Le pouvoir est le plus profond des aphrodisiaques"

Et si la troisième République entend mettre un terme a ce régime de plaisir et de débauche, empêcher les "puissants" d'étaler leurs turpitudes, et prôner "l'amour patriotique et l'érotisme dissimulé", rien ne changera, au fil des années, entre les murs richement tapissés du palais... Des mondaines d'Adolphe Thiers et comédiennes de Félix Faure aux conquêtes de François Mitterrand de Jacques Chirac ou de Valéry Folamour...

L'historien Jean Garrigues nous offre une peinture très colorée de ce haut et prestigieux lieu du pouvoir avec une multitude d'anecdotes savoureuses qui vous feront sourire voire rire tant certaines sont cocasses. Mais, s'il semble assez "léger", cet ouvrage n'est pas pour autant sans intérêt du point de vue de notre histoire : il nous apprend beaucoup sur l'évolution de notre société dans ses rapports hommes/femmes et sur les liaisons dangereuses entre ivresse des sommets et extases charnelles. "Le pouvoir est le plus profond des aphrodisiaques" disait Henry Kissinger... A lire sans modération.

Marie Torres pour www.micmag.fr
Une histoire érotique de l'Elysée de la Pompadour aux paparazzi
Jean Garrigues
Editions Payot, Octobre 2019
18,90 euros

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