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Paint It Black, le blues des Stones

Marie Torres - 22 mars 2021
La guitare de Keith Richards, la batterie de Charlie Watts, le sitar de Brian jones... Sortie en 1966, "Paint It Black" des Rolling Stones se hisse directement au sommet du Billboard Hot 100 aux Etats-Unis, et du Singles Chart au Royaume-Uni. Retour et décryptage d'un titre incontournable.

Avec ou sans virgule ? Paint It, Black ou Paint It Black ? A l'origine, le titre en avait une. C'est Andrew Loog Oldham, alors producteur des Stones, qui décide pour une raison inconnue de l'ajouter après le "it". Petite fantaisie ? Ce n'est pas la première fois, les titres Ride on, Baby et Long, Long While se sont vus, eux aussi, affublés d'une virgule qui, avec le temps, a disparu. Ceci a son importance, du moins dans le cas qui nous intéresse, car ce simple petit signe de ponctuation change complètement le sens du titre. Si Paint It Black se traduit par Peins ça en noir, Paint it, Black devient Peins ça, noir et lui donne une connotation raciste évidente. Les Stones se font traiter de racistes par des militants noirs et la virgule est retirée du titre à sa sortie sur l'album Aftermath.

Mais revenons à la chanson, que nous dit-elle ?

I see a red door (Je vois une porte rouge)

And I want it painted black (Et je veux qu'elle soit peinte en noir)

No colors anymore (Plus de couleurs)

I want them to turn black (Je veux qu'elles deviennent noires)

                 la chanson n'a rien à voir
                avec la guerre du Vietnam

On ne peut pas dire que les paroles respirent la joie de vivre. Morosité, pessimisme, dépression sont suggérés par le mot "noir". Les interprétations sont nombreuses. D'autant que lorsqu'on lui demande si son texte est sur la mort, Mick Jagger répond : "Je ne sais pas, ce n'était pas mon but...".

Ce qu'on sait, en revanche, c'est que la phrase "I have to turn my head until my darkness goes" (Je dois tourner ma tête jusqu'à ce que mes ténèbres disparaissent) est extraite de Ulysse l'ouvrage, très hermétique, de l'Irlandais James Joyce. On sait aussi que la chanson n'a rien à voir avec la rupture de Mick avec Chrissie Shrimpton, ni avec la guerre du Vietnam.

"De nombreuses vidéos associent les deux. Pourtant rien ne s'y prête, hormis le fait que c'est l'histoire d'un type qui veut tout repeindre en noir et aussi cette phrase, "It happens tous les jours" ( cela arrive tous les jours) avec de l'imagination, certaines sources y voyaient la mort quotidienne de ces soldats." (3)

C'est vrai que si Paint It Black est associé à la guerre du Vietnam c'est aussi en raison de sa diffusion dans le générique de fin du film Full Metal Jacket (1987 ) et de son utilisation dans la série télévisée américaine, Tour Of Duty (1978/1990).

Brian Jones fait une brillante démonstration de ses talents de multi-instrumentiste

" En fait la vraie chanson que les GI's reprendront à leur compte pour cette guerre c'est le "We've Gotta Get Out of this Place" des Animals... ce qui parait plus crédible de par son titre "On doit foutre le camp de cet endroit !". (3)

La prise principe de Paint It Black est enregistrée entre le 6 et 9 mars 1966, aux Studios RCA de Los Angeles.

"Brian Jones fait une brillante démonstration de ses talents de multi-instrumentiste tout en imprimant sa marque de façon remarquable." (1) Pourtant on lui reprochera de s'être inspiré du Norwegian Wood des Beatles, ce qu'il niera ajoutant même " Pour son atmosphère, c'est ma chanson préférée des Beatles. George a utilisé de façon simple le sitar et c'est très efficace." (1) Par ailleurs, Philip Norman dans sa biographie sur Mick Jagger écrira " Brian fit étalage sur Aftermath d'une impressionnante variété d'effets instrumentaux. Sur Paint it Black {...] il joua du sitar indien bien avant George Harrison sur le Norwegian Wood des Beatles, et avec infiniment plus de maîtrise." (1)

"Comme par hasard ça n'a jamais été crédité comme une composition Nanker Phelge"

"Ce que l'on sait moins aussi , c'est que c'est Bill Wyman qui a dirigé toutes les évolutions mélodiques et instrumentales et Charlie qui a trouvé un tempo proche des sonorités du Moyen-Orient. " (3)

Et d'ailleurs Bill Wyman dira "Comme par hasard ça n'a jamais été crédité comme une composition Nanker Phelge. Je ne sais pas pourquoi." (1) Nanker Phelge étant le pseudonyme utilisé par les Stones lorsqu'ils créditaient un travail commun. "Phelge" pour James Phelge leur colocataire lorsqu'ils vivaient à Chealsea au 102 Edith Grove, et "Nanker" qu'on peut traduire par "grimace", référence à Brian qui en faisait beaucoup.

Le single sort le 7 mai 1966 aux Etats-Unis et se hisse au sommet du Billboard Hot 100 où il y séjourne onze longues semaines. Six jour plus tard, le 13 mai, Paint It Black paraît au Royaume-Uni et se classe numéro du UK Singles Chart durant dix semaines. Aujourd'hui on peut dire que Paint It Black est l'une des plus grandes chansons des Stones, classée 235ème sur la liste des 500 plus grandes chansons de tous les temps du magazine Rolling Stone, elle a été reprise maintes fois notamment par les Animals, Deep Purple ou encore U2.


Sources : Rolling Stones, La Totale /Philippe Margotin et Jean-Michel Guesdon
Mick Jagger, Philip Norton
Claude Speisser

Lire aussi : Flirt avec le rock anglais - Entre succès & histoires pimentées, ici


 
  
Marie Torres pour www.micmag.net
Paint it Black
The Rolling Stones
A partir de 20,00 euros (Vinyle)

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