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Hélène Fournier : « Une bonne traduction doit respecter l'auteur étranger et le lecteur français »

Marie Torres - 20 novembre 2015
Hélène Fournier est traductrice anglais/français. Elle traduit, entre autres, Dan Chaon, David Bergen, Holly Goddard-Jones, Tom Barbash… Perfectionniste dans l’âme, elle nous parle de son activité.

Micmag.net : Diriez-vous que le traducteur est le parent pauvre de la création littéraire ?

Hélène Fournier : Il y a pas mal d'intervenants qui travaillent à la création d'un livre donc j’ignore si le traducteur est LE parent pauvre. Mais je dois dire que nous sommes la plupart du temps transparents. C'est, certes, un métier de l'ombre et nous l'avons choisi. Nous ne cherchons pas à être sous les feux de la rampe mais rien n'est fait pour mettre en valeur notre travail, sauf exception, que ce soit du côté des éditeurs ou des critiques littéraires. Il arrive même que notre nom ne paraisse pas sous le titre du livre dans tel ou tel article, alors que le nombre de pages et le prix du livre y figurent.

M. : Les langues n’étant pas calquées les unes sur les autres, quelle est la recette d'une « bonne traduction » ?

H.F. : Nous devons à la fois rester très proche du texte original et prendre de la hauteur afin que la lecture soit fluide en français. Nous sommes au service d'un texte écrit dans une langue étrangère et l'idéal serait que le lecteur français ne perçoive jamais notre intervention. Cette transparence est le but à atteindre. Notre rôle consiste à traduire des mots mais à ne surtout pas faire du copier-coller ; traduire, au-delà des mots, une atmosphère, des non-dits, des émotions.

M. : En cherchant à faire « ressortir » le sens du texte, n’y-a-t-il pas un danger d’interprétation, notamment à cause des différences culturelles ?

H.F. : Pour ma part, je ne perçois aucun danger d'interprétation car, lorsque je traduis un livre, je suis en contact permanent avec l'auteur. Quant aux différences culturelles, elles sont relativement limitées pour moi puisque je ne traduis que des auteurs anglais, américains et canadiens. Elles peuvent se retrouver dans certains détails du quotidien mais ça reste infime.

M. : Comment cela se passe-t-il avec l’éditeur ?

H.F. : Au départ, l'éditeur me propose de lire un roman ou un recueil de nouvelles. Au cours de cette lecture très attentive, j'essaie de repérer tous les obstacles qu'il va me falloir franchir et m'assurer que je me sens capable d'y faire face. J'ai refusé une fois un roman qui se passait à la Nouvelle-Orléans car je n'avais aucune idée de la façon dont je pourrais rendre le langage très relâché de certains personnages. En revanche, une fois que je commence à travailler avec un auteur, je m'engage à traduire tout ce qu'il va écrire. C'est formidable car une complicité se crée. Une complicité qui me donne confiance. Dan Chaon, qui travaille sur un nouveau roman, m'a écrit pour me dire qu'il ignorait comment j'allais réussir à traduire le passage qu'il était en train d'écrire et me dire sa surprise de penser à moi alors qu'il était en plein travail d'écriture.

M. : Comment travaillez-vous ?

H.F. : Je travaille chapitre par chapitre. Je fais un premier jet puis je relis à maintes reprises chaque feuillet tout en notant les questions que je veux poser à l'auteur. Une fois que j'ai intégré ses réponses, je me relis encore et ensuite je demande à un proche de faire « sa » lecture. Avec ses corrections et ses interrogations. Pendant tout ce processus, arrive un moment où je trouve la « voix » des personnages, où je les sens presque vivre, où un déclic se fait.

M. : Au final, qu’est-ce que « une bonne traduction » ?

H.F. : Une bonne traduction doit respecter l'auteur étranger et le lecteur français. Il y aura toujours une perte entre la VO et la VF mais le but est qu'elle soit la plus infime possible. D'où mes questions à l'auteur.

M. : Avez-vous un retour des auteurs sur vos traductions ?

H. F. : Tous ont l'air très touché par le mal que je me donne pour les traduire. L'un d'eux m'a écrit récemment après avoir reçu la traduction d'un de ses recueils de nouvelles : The translation is very, very beautiful. I think that some of the stories sound better in French than they do in English ! (La traduction est très très belle. Je trouve que certaines nouvelles sonnent mieux en français qu'en anglais)

M. : Vit-on de la traduction ?

H.F. : Moi non, sans aucun doute. Nous sommes payés au feuillet et mon perfectionnisme me joue des tours ! Je trouve que la reconnaissance de notre travail devrait aussi passer par une rémunération correcte, ce qui n'est pas le cas et je ne suis pas sûre que la situation s'améliore. Je vous avoue avoir parfois un regard peu optimiste sur l'avenir de notre profession.

Quelques traductions d'Hélène Fournier :

La Mécanique du bonheur
David Bergen
Albin Michel, 2013 

Surtout rester éveillé
Dan Chaon
Albin Michel, 2014

Kentucky Song
Holly Goddard-Jones
Albin Michel, 2015

Les Lumières de Central Park
Tom Barbash
Albin Michel, 2015





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