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Si rude soit le début, le pire reste derrière nous

Marie Torres - 9 février 2017
Madrid, 1980. Juan, 23 ans, devient le secrétaire d’un célèbre cinéaste, Eduardo Muriel. D’abord fasciné par cet univers, il ne va pas tarder à découvrir l’envers du décor : un monde obscur peuplé de secrets. Entre passion et haine, vengeance et pardon, Javier Marias mène avec brio son intrigue.

Espagne, 1980. Le souvenir du franquisme et de la dictature s’éloigne et un vent de changement et de liberté souffle sur la société. A Madrid, Juan de Vere vient d’être embauché, comme secrétaire particulier, par le célèbre cinéaste Eduardo Muriel. Le jeune homme est d’abord fasciné par son employeur. Par sa vie sociale, intense et brillante. Ses relations avec les producteurs et les acteurs en vue. Un jour, Muriel lui confie une mission : surveiller et sonder un de ses meilleurs amis, le docteur Jorge Van Vechten que la rumeur semble accuser d’actes peu glorieux…

« Toi qui appartiens à une autre génération et qui verras les choses autrement […] que ferais-tu si tu apprenais qu’un ami de longue date… ? Il fit une pause, comme s’il allait se rétracter et reformula sa question […] Qu’un ami de longue date n’a pas toujours été tel qu’il est à présent ? »

Que peut-on reprocher au docteur Van Vechten ? Son attitude parfois cavalière avec les femmes ? Son comportement pendant la guerre civile ou la dictature de Franco ? Et alors que le « jeune de Vere », comme l’appelle son employeur, s’apprête à jouer les taupes, d’autres questions l’assaillent : pourquoi Muriel, cet homme intelligent et plutôt bienséant, rejette-t-il et humilie-t-il son épouse, la séduisante Beatriz ? Pourquoi semble-t-il tant la détester alors qu’elle s’accroche désespérément à lui, et à leur bonheur passé ? Sa conduite a-t-elle un lien avec le docteur Van Vechten ?

Le lecteur est alors embarqué dans le Madrid des années 80, et il se fond dans cette histoire, ou du moins dans ces deux histoires parallèles : celle d’un couple qui se déchire sur un mystérieux passé, celle d’un peuple qui sort d’une période douloureuse qu’il aimerait oublier mais qui est rattrapé par les mensonges et les secrets dévoilés…

« En ces jours-là, en ces années-là, on commençait à ressortir en privé des racontars lointains que nombre d’Espagnols s’étaient vus contraints de taire en public durant des dizaines d’années et qu’ils avaient à peine susurrés de temps en temps, en famille avec, entre-temps, des silences de plus en plus longs, comme sinon content de les avoir interdits, on avait essayé de les reléguer parmi les mauvais rêves et qu’ils se perdaient ainsi dans la brume tolérable d’un passé défini ou imprécis. »

Les « aficionados » de Javier Marias, ceux qui ont lu la trilogie Ton visage demain ou Comme les amours, le savent déjà : l’Espagnol est un « grand ». Et même un « très grand ». Par son écriture, par sa technique pour mener l’intrigue et pour décrire et faire vivre à ses lecteurs la vérité telle qu’elle est vécue et ressentie par le narrateur. Sous tous ses aspects : physiques, émotionnels ou sensoriels. Ce n’est pas pour rien si Javier Marias est souvent comparé à Gustave Flaubert ou Marcel Proust…

En résumé ? Si rude est le début est un roman magnifique à mettre entre toutes les mains et dans toutes les bonnes bibliothèques.

Marie Torres pour www.micmag.fr
Si rude soit le début
Javier Marías
Traduction de Marie-Odile Fortier-Masek
Editions Gallimard, Janvier 2017
25 euros

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