16-05-2011 21:26:24

Brésil : "La démocratisation a provoqué une augmentation hallucinante du nombre de productions"

Le festival "É Tudo Verdade" est le plus important festival de documentaires d’Amérique latine. Il a depuis 16 ans, largement contribué au développement du cinéma documentaire au Brésil. Entretien avec Andréa Pasquini du comité de sélection.
Par Anne-Gaëlle Rico (São Paulo)


MicMag : En quoi consiste votre travail de sélection au sein du Festival "É Tudo Verdade" ?

Andréa Pasquini : Pendant environ dix semaines, j’assiste à plus de 250 films venant du monde entier. Puis, avec un regard qui se veut objectif, mais qui correspond aux critères de qualité du festival, je propose des films. Ensuite, pour la sélection finale, nous travaillons en équipe sous la supervision du créateur et directeur du festival, le critique, Amir Labaki. 

M : Comment avez-vous intégré l’équipe du festival ?

AP : Mon premier contact professionnel a eu lieu en 2003 lorsque mon documentaire "Os Melhores Anos de Nossas Vidas" (les meilleures années de nos vies) a été sélectionné pour la compétition officielle du meilleur documentaire brésilien. Il a d’ailleurs reçu la mention honorifique du Jury. L’année suivante, Amir Labaki, m’a proposé de rejoindre son équipe de sélection et j’ai accepté. 

M : Comment était le monde du documentaire brésilien au moment de la création du festival en 1995 ?

AP : Le documentaire brésilien a toujours occupé un espace important au sein de la production cinématographique. Et ce, même peut-être surtout, au moment de la dictature. Mais la révolution a eu lieu au début des années 2000 avec l’avènement de la production digitale.

Auparavant, et comme c’est le cas dans le monde entier, un obstacle majeur à la réalisation était les coûts élevés de production auxquels seuls les réalisateurs connus et expérimentés pouvaient faire face. Aujourd’hui, grâce à l’accessibilité des moyens de production, une nouvelle génération de documentaristes, très ambitieuse, a vu le jour au Brésil. 

Des films comme "O Prisioneiro da Grade de Ferro" (Le prisonnier du grillage en fer), de Paulo Sacramento, qui a gagné le prix du meilleur documentaire brésilien en 2003, n’a pu être réalisé que grâce au format digital, avec des petites caméras bon marché et d’usage facile qui ont été distribuées aux prisonniers de Carandiru (prison de São Paulo tristement célèbre pour une mutinerie qui a conduit à l’exécution pure et simple de 111 prisonniers en 1992 et qui a finalement été fermée 10 ans plus tard). Les images filmées par les prisonniers composent une bonne partie du documentaire et elles montrent de manière inédite le quotidien des occupants de la prison.

M : Comment définissez-vous l’évolution du documentaire brésilien ces dix dernières années ?

AP : La démocratisation a provoqué une augmentation hallucinante du nombre de productions et également une grande expérimentation des langages et des formats, et ce, au-delà d’une diversification intéressante des thèmes abordés. Le documentaire brésilien a mûri.

M : Et aujourd’hui ?

AP : La production est diversifiée. Les réalisateurs sont, entre autres, des journalistes, des cinéastes, des sociologues, des artistes et cette diversité garantit une richesse des regards, des points de vue et du langage utilisé.

Mêmes les films qui ont un objectif journalistique développent depuis peu des éléments visuels et sensoriels qui, sans rien enlever à la démarche d’investigation, enrichissent la compréhension des faits. Une évolution significative récente est la multiplication des documentaires dits "d’auteur" qui accorde une belle part à la subjectivité, au "je". Le documentaire brésilien jouit d’un étonnant moment de créativité.

M : Le cinéma de fiction brésilien est actuellement en ébullition. Est-ce également le cas du documentaire ?

AP : Je pense que le documentaire est encore plus dynamique. La réalisation d’un film de fiction au Brésil peut prendre jusqu'à 5 ans alors qu’en moyenne un documentaire peut être réalisé en un an et demi (mais cela dépend évidemment du thème, de la profondeur de la recherche et des difficultés de production). Le documentaire est donc un genre particulièrement pratiqué et expérimenté. Et le public est fidèle et intéressé. Les documentaires présentés dans les salles de cinéma et lors des festivals atteignent des records d’audience.

Le festival "É Tudo Verdade" a participé activement à la création de ce public et l’affluence augmente d’année en année.



 

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