La Réunion - 

René Lacaille:"Ma famille était pauvre : je suis né dans une case en paille, huitième enfant vivant"

René Lacaille (autoportrait) - 7 octobre 2015
Né en 1946 à La Réunion, René Lacaille est musicien dans l’âme et dans le sang mais c’est aussi un personnage haut en couleur et attachant. Il était en concert le 29 octobre au Studio de l’Ermitage à Paris. Dans les colonnes de Micmag, il se présente. Portrait.

Ma famille était pauvre : je suis né dans une case en paille, huitième enfant vivant, juste après la guerre. Je suis un survivant du cyclone de 48 qui a détruit notre case et emporté notre bœuf...ma mère m’a gardé au sein pendant tout le temps du cyclone, ça m’a sauvé. Mes soeurs en tremblent encore?

Mon père était paysan, il coupait la canne, cultivait les pistaches (cacahouètes) et allait les vendre au marché forain, il était aussi bûcheron, il partait des jours dans les hauts pour gagner son ptit monnaie, comme on dit à la Réunion. Il était aussi « accapareur » comme on disait : il allait prendre la pêche des bateaux de Saint-Leu et vendait les poissons. En fait il a fait plein de métiers pour nous nourrir, mais c’était dur.

On n’avait pas tous les jours de la viande à manger, mais ma mère faisait des miracles avec une boîte de sardines ou une boîte bèf (corned-beaf).

Si je suis devenu cuisinier, ça a été pour retrouver le goût de ses caris. Et puis la cuisine à la Réunion, c’est vraiment une part importante de notre être. Pour moi cuisine et musique ont la même importance.

Pour moi mon père était surtout musicien (zouar), il jouait de l’accordéon diatonique et chromatique, du trombone, du tuba, du baryton. Il réparait les accordéons. Il avait un orchestre où jouaient mes frères aînés pour les bals de mariage, sous les salles vertes, au milieu des carrousels : c’est là que j’ai appris d’abord la batterie puis l’accordéon dès 7 ans. On était installé au milieu du carrousel que les gens faisaient tourner à la main, pendant des heures. Les bals de mariage par exemple duraient de l’après-midi ou du début de soirée jusqu’à la nuit (on disait bal 4 heures si on jouait de 16 h à 8 h du matin…) et moi je le faisais aussi. Parfois, on jouait à l’étage, et les gens dansaient aussi au rez-de-chaussée, ce n’était pas sonorisé, mais les danseurs se fiaient au rythme qu’ils percevaient et au frottement des pieds sur le parquet au dessus. On finissait avec le nez plein de poussière ! C’est peut-être pour ça que je peux jouer des heures d’affilée.

Pour jouer, on partait à pied si c’était à Saint-Leu, ma ville, sinon, en charrette ou il fallait trouver un transport. Mon père n’a jamais eu de voiture. J’en ai fait des kilomètres avec la grosse caisse sur le dos. On marchait beaucoup. A la Réunion, tu montes ou tu descends !

A 16 ans j’ai laissé l’accordéon pour la guitare, c’était devenu ringard aux yeux des filles et j’ai volé de mes propres ailes. Je donnais l’argent que je gagnais à ma mère.

Pour moi la musique c’est une affaire de famille ou de tribu, ça se partage presque sans paroles, je me bien sûr créé une famille musicale au fil du temps, mais jouer avec mes enfants, c’est un accomplissement. On partage cette culture-là, c’est très fort, ça doit se sentir quand on est sur scène.

René Lacaille

Le 29 octobre en concert au Studio de l'Ermitage (Micmag partenaire de la salle).



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