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- Lire L'interview inattendue : Rousseau s'explique sur l'abandon de ses enfantsMarie Torres - 4 mars 2025 La question tourne depuis plus de deux siècles : comment l'auteur de « Émile ou de l'éducation », un livre incontournable sur l'éducation des enfants, a pu abandonner les siens. A défaut de l'excuser, on peut essayer de le comprendre. Rencontre avec Rousseau.
Micmag.net : Monsieur Rousseau, vous ne devez pas ignorer que depuis plus de deux siècles, on vous reproche l'abandon de vos enfants, d'autant plus que vous êtes l'auteur d'un ouvrage de quatre tomes sur l'éducation... Jean-Jacques Rousseau : Je ne l'ignore pas, en effet. L'un de mes premiers détracteurs a été mon « cher ami » Voltaire qui dans un courrier a écrit « Voyez Jean-Jacques Rousseau, il traîne avec lui la belle demoiselle Levasseur, sa blanchisseuse, âgée de 50 ans, à laquelle il a fait trois enfants, qu'il a pourtant abandonnés pour s'attacher à l'éducation du seigneur Émile, et pour en faire un bon menuisier. ». Au passage, remarquez qu'il s'est trompé sur le nombre : ce n'est pas trois mais cinq enfants que j'ai abandonnés... M. : Plus tard, Victor Hugo vous citera aussi dasns Les Misérables : « La Thénardier avait eu, ou fait semblant d'avoir, un scrupule. Elle avait dit à son mari : " Mais c'est abandonner ses enfants, cela ! " Thénardier, magistral et flegmatique, cautérisa le scrupule avec ce mot : " Jean-Jacques Rousseau a fait mieux ! ” » J.J.R. (souriant) : Je retiens que Monsieur Hugo m'a lu et c'est un grand honneur. M. : Oui Hugo et beaucoup avant et après lui vous ont lu, mais revenons à ces abandons, comment les expliquez vous ? J.J.R. : Tout d'abord, je voudrais remettre les faits dans leur contexte, ce que bien souvent votre époque omet. Au 18e siècle, nous ne disposions d'aucun moyens de contraception, ni ne bénéficions d’aucune aide à l’éducation des enfants. Même si aujourd'hui cela parait horrible, abandonner son enfant était une attitude courante. M. : Que voulez-vous dire ? J.J.R. : Par exemple, que rien que dans la capitale, un quart des nouveaux-nés étaient abandonnés par leurs parents. Et puis, cela n'excuse pas tout, mais c'est la mère de Marie-Thérèse, ma belle-mère, qui nous a poussés à placer les nourrissons aux Enfants Trouvés, un hospice pour enfants déshérités et abandonnés. M. : Mais vous aviez les moyens d'élever ces enfants ? Du moins, les premiers... J.J.R. : Mais que savez-vous de ma situation ? Durant des années, je gagnais, avec assez de peine, mon pain au jour le jour. Comment aurais-je pu encore nourrir une famille ? Et lorsque j’étais contraint de recourir au métier d’auteur, comment les soucis domestiques et le tracas des enfants m'auraient-ils laissé, dans mon grenier où je vivais, la tranquillité d’esprit nécessaire pour faire un travail lucratif ? M. : Et ces enfants, les avez-vous vus avant leur abandon ? J.J.R. : Non, jamais. Je n'ai assisté à aucun accouchement, et donc jamais vu le visage des nourrissons qui étaient transférés au centre immédiatement après leur naissance. M. : Saviez-vous que la grande majorité de ces enfants abandonnés n'atteignaient pas l'âge de 10 ans ? J.J.R. (Les yeux baissés) : Oui, je ne l'ignorais pas. M. : Des regrets ? J.J.R. : Oui (silence), et d'ailleurs je l'ai souvent dit dans mes lettres. Vous savez, j'ai été orphelin de mère très tôt et j'aurais aimé être père. Mais, comme je vous l'ai déjà dit, je n'avais pas les moyens d'entretenir une famille. Si je ne les avais pas abandonnés, leur sort aurait été pire. Je ne vivais pas dans l'opulence et ne dépendait d'aucun grand financier. Je regrette. Entretien inattendu : Molière défend la paternité de ses oeuvres Marie Torres pour www.micmag.net
Emile ou De l'éducation
Jean-Jacques Rousseau Editions GF Flammarion 4,50 euros Les Misérables Victor Hugo Editions de Poche |
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