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Travailler au Brésil ? Gare aux désillusions !

Anne-Louise SAUTREUIL, www.lepetitjournal.com - 8 janvier 2013
Frédéric Ronflard, directeur du cabinet de recrutement Robert Walters Brésil, est spécialiste des questions d'emploi dans le domaine de la finance. Il connait bien le marché brésilien ainsi que les habitudes locales du monde du travail. Conseils aux candidats du "rêve brésilien"

On parle beaucoup du "miracle économique" et de "l’eldorado brésilien". D’après vous, est-il facile de trouver un emploi au Brésil quand on est étranger ?
Frédéric Ronflard - Pour les étrangers qui arrivent au Brésil sans avoir de visa et sans maîtriser un minimum de portugais, la recherche d’emploi vire souvent au cauchemar. J’ai rencontré beaucoup de jeunes Européens issus des grandes écoles mais qui, sans visa de travail, ne trouvaient pas d’emploi. 
En deux ans, je n'ai vu qu'une seule personne étrangère, encore une fois sans visa, trouver un emploi au Brésil. Pour ces candidats, je ne suis vraiment pas optimiste. Les gens viennent avec l’espoir de trouver facilement un emploi et d’obtenir, par la suite, un visa de travail mais la réalité est très différente. Il y a énormément de désillusions.

N’oublions pas que le Brésil reste un pays très fermé, qu’il y a beaucoup de mesures protectionnistes et que la langue, moins pratiquée par les Européens que l’anglais ou l’espagnol, est une difficulté supplémentaire. Le Brésil, tant que nous n’y sommes pas, cela reste vraiment du domaine du mythe et du fantasme.

Face à ces difficultés, quels conseils donneriez-vous à des candidats très motivés pour venir s’y installer?
Il faut chercher du travail en France, tout en mettant en avant un intérêt pour le Brésil. Il est plus facile de se faire expatrier par une entreprise que de décrocher un contrat local en venant directement sur place. D’autre part, en France, il y aura moins de candidats prêts à partir au Brésil que, par exemple, pour les Etats-Unis. Cela s’explique par la barrière linguistique, mais aussi par les craintes liées à l’insécurité en Amérique du Sud.

 J’ai récemment eu l’exemple d’une jeune femme qui travaillait dans le luxe et souhaitait venir au Brésil. Je lui ai conseillé de ne pas démarcher sur place mais de s’entretenir avec des sociétés françaises ou internationales à Paris. Elle a finalement trouvé une entreprise qui avait besoin de quelqu’un de motivé pour partir au Brésil.

De manière plus générale, comment se déroule la recherche d’emploi ?
Les sites internet jouent un rôle moins important qu’en France. Par exemple, il n’y a pas d’équivalent de Cadremploi.fr. Il y a des sites qui y ressemblent mais qui sont souvent payants et moins bien organisés.

 En revanche, les réseaux sociaux comme Facebook ou Linkedin fonctionnent très bien au Brésil. Il faut cependant oublier Viadeo, quasiment inexistant ici.

 Concernant les réseaux des écoles, il n’y a pas ici de culture de groupes d’anciens élèves. Ce qui rend d'ailleurs très difficile le travail des chasseurs de tête. Le marché de l’emploi fonctionne encore avec des réseaux très informels.

En observant les processus de recrutement, on peut avoir une bonne idée de la maturité du marché. Au Brésil, quand on veut recruter pour un poste, on commence par regarder dans son réseau interne si quelqu’un peut correspondre au profil recherché. C’est un comportement d’entreprise familiale. Ces réflexes vont évoluer petit à petit, mais c’est encore difficile à l’heure actuelle pour les étrangers.


Les entretiens d’embauche se passent-ils de la même manière qu’en France ?
Il y a certes moins de formalisme au Brésil, la frontière entre employeur et futur employé est moins importante qu’en France. Le ressenti de départ peut-être qu’il y a plus de spontanéité dans les relations professionnelles.

Cependant, il faut faire très attention à cette illusion de facilité. Il est vrai que les Brésiliens sont souvent plus ouverts, moins formels et moins résistants au changement. Cela ne signifie pas pour autant que les choses sont plus simples. Il ne faut pas se fier aux apparences. Il vaut mieux rester un peu strict plutôt que vouloir paraître trop décontracté.

Je me souviens d’un candidat qui s’est présenté au directeur d’une entreprise sans cravate et avec des lunettes de soleil sur la tête. Il n’a même pas eu le réflexe de les ranger quand il est entré. Je savais déjà qu’il n’allait pas être pris. Et je suis certain que ce candidat ne peut même pas imaginer que cela a joué en sa défaveur. 

D’autre part, lors des entretiens d’embauche, les Brésiliens n’hésitent pas à parler d’argent. C’est moins tabou qu’en France. Ils en parlent parfois avant même de se fixer rendez-vous pour l’entretien.

Les aspirations des candidats européens et Brésiliens sont-elles identiques?
Non. Ils ont des comportements très différents. Les Européens sont très attentifs aux perspectives de développement personnel et aux évolutions de carrière que leur offre l’entreprise. Le salaire compte aussi mais il arrive qu’ils quittent un poste pour des motifs de confort personnel.

Les Brésiliens se préoccupent plus directement du salaire. Ils vont demander une augmentation de 50 ou 60% par rapport à leur fixe. Il y a de véritables bras de fer. C’est souvent d’ailleurs le point sur lequel échouent les négociations. Cela peut sembler choquant pour des étrangers, mais les Brésiliens ont l’habitude de tenir compte de l’inflation. Il ne faut pas oublier qu’il est d’ailleurs inscrit dans la loi que les salaires doivent augmenter tous les ans.

Comment travailler au quotidien avec les Brésiliens ?
La culture du management est très différente. En France, nous sommes dans l’échange, dans l’opposition, et dans le débat. Lors d’une réunion, il peut y avoir des échanges un peu vifs et, tout de suite après, les mêmes personnes vont aller prendre un café ou déjeuner ensemble.

Au Brésil, il faut faire très attention à ne pas offenser ses collaborateurs. C’est très complexe et il y a beaucoup plus de management en "face à face". On ne fait pas passer les messages en public. Comme les Brésiliens ne disent jamais vraiment "non", il est difficile d’être certain d’avoir l’adhésion complète. On peut avoir l’impression que tout va bien et avoir de mauvaises surprises.

Propos recueillis par Anne-Louise SAUTREUIL.

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