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« J’ai pratiquement traduit toute l’oeuvre de Juan Marsé, hormis ses tout premiers romans »

Marie Torres - 25 septembre 2017
Agrégé d’espagnol, Maitre de conférences honoraire, Jean-Marie St-Lu se consacre maintenant à la traduction essentiellement d’auteurs espagnols comme Juan Marsé. Rencontre.

Aujourd’hui, en France, on considère que 18 % des livres publiés font l’objet d’une traduction et qu’ils représentent 22 % du chiffre d’affaires des éditeurs. Pourtant le traducteur reste encore le «parent pauvre» du secteur.

C’est oublier que sans lui nous n’aurions pas accès à la littérature mondiale, car ni Homère, ni Dante, ni Shakespeare ni Cervantès n’écrivaient dans la langue de Molière... C’est oublier aussi la belle définition d’Ivan P. Nikitine : « Un traducteur est quelqu’un qui rencontre un voyageur chargé d’un lourd et riche bagage, et qui l’aide à traverser le fleuve pour aller à la rencontre de ceux qui vivent sur l’autre rive. Mais ce voyageur, il faut d’abord apprendre à le connaître, à le comprendre, à l’aimer. Ce n’est que dans ces conditions que la traversée sera possible. »

Jean-Marie Saint-Lu est un de ces passeurs. Avant de traduire, il prend le temps de comprendre et d’apprécier les auteurs. Puis il travaille, il travaille beaucoup avant de déposer, sur notre rive, les textes de grands auteurs espagnols contemporains : Beatus Ille d’Antonio Muñoz Molina, Ton visage  demain, la trilogie de 2000 pages de Javier Marias ou encore Calligraphie des rêves de Juan Marsé. Rencontre.

Micmag.net : Est-ce les éditeurs qui vous passent des commandes ou choisissez-vous les auteurs que vous traduisez ?

Jean-Marie St-Lu : Les deux. J’ai des demandes d’éditeurs mais je suis aussi le traducteur «attitré» de certains auteurs. J’ai pratiquement traduit toute l’oeuvre de Juan Marsé hormis ses tout premiers romans. J’en profite, d’ailleurs, pour signaler que son dernier ouvrage paraîtra bientôt en France.

M. : Quelles sont vos règles de traduction ? Vous autorisez-vous des libertés ou restez-vous toujours proche de l’original ?

JMSL : Je suis strictement pour le respect du texte. Je reste le plus près possible du l’original. Quelques fois même un peu trop près, ce qui a parfois des petits inconvénients car cela se fait au détriment du rendu en français. Mais, heureusement, il y a les éditeurs et les correcteurs pour rectifier le tir...

M. : Concrètement ?

JMSL :Je traduis au km. J’essaie de faire le plus vite possible mon premier jet. Ensuite, commence le vrai travail. J’imprime mon premier jet et je le travaille encore et encore. Et il arrive - il arrive même souvent -, qu’il reste de petits problèmes de compréhension. Parfois même, de petites incohérences et même des erreurs laissées dans l’édition espagnole et dont seul le traducteur, parce qu’il lit très lentement, peut se rendre compre. Je fais une liste de ce que j’appelle les «dudas» (doutes), et je l’envoie à l’auteur pour qu’il m’éclaire. Et ça se passe toujours bien.

M. : Rencontrez-vous des difficultés à traduire certains auteurs ?

JMSL : Juan Marsé. Il a une langue particulièrement riche. Une année, je l’ai rencontré au Salon du Livre de Paris, où il avait été invité. Je lui ai dit - je, précise que c’était avant Internet - , je lui ai donc dit qu’il était un auteur qui me permettait de faire une gymnastique physique en même temps que mentale, tellement il fallait que je manipule le dictionnaire pour le traduire !

M. : Avant de les traduire, comment «abordez»-vous vos auteurs et leurs textes ?

JMSL : S’ils ont déjà publié des romans, je commence par les lire. Ensuite, cela se fait tout seul, on entre, ou pas, en empathie avec l’auteur. C’est le cas pour moi pratiquement toujours et de là on entretient de bonnes relations. J’ai même de très bons amis parmi les auteurs que je traduis. C’est très important car on peut communiquer avec eux et, en particulier, se faire éclaircir des points qui pourraient en avoir besoin.

M. : Et du côté des auteurs, savez-vous s’ils lisent vos traductions ?

JMSL : Certains, pas la majorité. Mais s’ils le font, ils se disent satisfaits de mon travail mais je ne sais pas quelle est la part de courtoisie dans leurs réponses. Cependant je pense que s’ils n’étaient pas «en accord» avec ma traduction, ils me le diraient. J’ai le cas d’un auteur argentin, Eduardo Berti, qui m’a choisi parce qu’il n’était pas satisfait de son premier traducteur. Donc, quand s’ils ne sont pas contents, ils le disent !

Lire aussi, La belle vitalité de la littérature espagnole contemporaine

Les deux. J’ai des demandes d’éditeurs mais je suis aussi le traducteur «attitré» de certains auteurs. J’ai pratiquement traduit toute l’oeuvre de Juan Marsé, hormis [JS7] ses tout premiers romans. J’en profite, d’ailleurs, pour signaler que son dernier ouvrage paraîtra bientôt en France.
Quelles sont vos règles de traduction ? Vous autorisez-vous des libertés ou restez-vous toujours proche de l’original ?

Je suis strictement pour le respect du texte. Je reste le plus près[JS8]  possible du l’original. Quelque fois même un peu trop près[JS9] , ce qui a parfois des petits inconvénients car cela se fait au détriment du rendu en français. Mais, heureusement, il y a les éditeurs et les correcteurs pour rectifier le tir..[JS10] .

Concrètement[JS11]  ?

Je traduis au km. J’essaie de faire le plus vite possible mon premier jet. Ensuite, commence le vrai travail. J’imprime mon premier jet et je le travaille encore et encore. Et il arrive - il arrive même souvent -, qu’il reste de petits problèmes de compréhension. Parfois même, de petites incohérences et même des erreurs laissées dans l’édition espagnole et dont seul le traducteur, parce qu’il lit très lentement, peut se rendre compre. Je fais une liste de ce que j’appelle les «dudas»[JS12]  (doutes), et je l’envoie à l’auteur pour qu’il m’éclaire. Et ça se passe toujours bien.

- Rencontrez-vous des difficultés à traduire certains auteurs ?

Juan Marsé. Il a une langue particulièrement riche. Une année, je l’ai rencontré au Salon du Livre de Paris, où il avait été invité. Je lui ai dit - je, précise que c’était avant Internet - , je lui ai dit donc [JS13] qu’il était un auteur qui me permettait de faire une gymnastique physique en même temps que mentale, tellement il fallait que je manipule le dictionnaire pour le traduire !

- Avant de les traduire, comment «abordez»-vous vos auteurs et leurs textes ?

S’ils ont déjà publié des romans, je commence par les lire. Ensuite, cela se fait tout seul, on entre, ou pas, en empathie avec l’auteur. C’est le cas pour moi pratiquement toujours et de là on entretient de bonnes relations. J’ai même de très bons amis parmi les auteurs que je traduis. C’est très important car on peut communiquer avec eux et, en particulier, se faire éclaircir des points qui pourraient en avoir besoin.

- Et du côté des auteurs, savez-vous s’ils lisent vos traductions ? Certains, pas la majorité. Mais s’ils le font, ils se disent satisfaits de mon travail mais je ne sais pas quelle est la part de courtoisie dans leurs réponses. Cependant je pense que s’ils n’étaient[JS14]  pas «en accord» avec ma traduction, ils me le diraient. J’ai le cas d’un auteur argentin, Eduardo Berti, qui m’a choisi parce qu’il n’était pas satisfait de son premier traducteur. Donc, quand s’ils ne sont pas contents, ils le disent !


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 [JS4]visage

 [JS5]ital.

 [JS6]ital

 [JS7]hormis

 [JS8]près

 [JS9]près

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 [JS11]Concrètement

 [JS12]Très drôle ! En fait, je parlais de “dudas” (doutes)

 [JS13]lui ai dit, donc,

 [JS14]n’étaient pas

Marie Torres pour www.micmag.net

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