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Le monarque des ombres, mort sur les rives de l'Ebre

Marie Torres - 1er octobre 2018
Dix-sept ans après "Les soldats de Salamine", Javier Cercas revient sur la guerre civile espagnole avec "Le monarque des ombres". Un récit intime qui nous fait pénétrer dans le passé d'un de ses parents mort sur les rives de l'Ebre... du mauvais côté. Celui des Franquistes. Un très beau roman.

Manuel Mena est le grand-oncle maternel de l'auteur, Javier Cercas. Il meurt à 19 ans sur les rives de l'Ebre, durant la plus grande bataille de l'histoire de l'Espagne.

"Pendant cent quinze jours et cent quinze nuits entre l'été et l'automne 1938, deux cent cinquante mille hommes combattirent sans quartier sur tout un territoir vierge, hostile et sauvage s'étendant sur la rive droite de l'Ebre, là où le fleuve traverse le sud de la Catalogne.

Mais le jeune homme s'est battu pour la mauvaise cause : celle des Franquistes
Mais le jeune homme s'est battu pour la mauvaise cause : celle des Franquistes. Et si, pour sa famille, et tout particulièrement pour la mère de l'auteur, Manuel Mena est un héros, Javier Cercas, lui, n'assume pas du tout ce passé. Sa mère insiste : l'histoire de son oncle doit être écrite, et c'est à lui de le faire.

Mais que sait Javier Cercas sur son grand-oncle ? Pas grand chose, sinon les anectodes racontées par sa mère. Que possède-t-il de lui ? Tout a été brûlé hormis une vieille photo en noir et blanc...

Qui était Manuel Mena ? Un jeune idéaliste parti, la fleur au fusil, pensant se batte pour la bonne cause ? Avait-il compris son erreur ?

Il se rend à Ibahernando, petit village d'Estrémadure d'où est originaire sa famille, et interroge les derniers survivants de cette page douloureuse de l'histoire espagnole.

"j'allais raconter cette histoire, pensai-je, pour raconter qu'elle renfermait de la honte mais aussi de la fierté"

Tel un détective, il suit la trace de Manuel Mena et finit par comprendre qu'il ne peut pas continuer à avoir honte de son passé, de sa famille. Il comprend qu'écrire sur grand-oncle est écrire sur lui-même que la biographie de Manuel Mena est sa biographie. Il décide d'assumer et de raconter.

" [...] j'allais raconter cette histoire, pensai-je, pour raconter qu'elle renfermait de la honte mais aussi de la fierté, du déshonneur mais aussi de la rectitude, de la misère mais aussi du courage, de la saleté mais aussi de la noblesse, de l'horreur mais aussi de la joie, et parce que dans cette histoire se trouvait ce qui se trouvait dans ma famille et peut-être dans toutes les familles - échecs et passion et larmes et faute et sacrifice - je comprenais que l'histoire de Manuel Mena était mon héritage ou la partie funègre et violente et blessante et accablante de mon héritage, et que je ne pouvais pas la rejeter plus longtemps [...]"

Et Javier Cercas, avec le grand talent qui est le sien, réussit à écrire une histoire passionnante mêlant le personnel et l'historique, sans jamais juger. Une histoire complexe qui est la sienne mais aussi celle de nombreux Espagnols. Un très beau roman.

 
Marie Torres pour www.micmag.net
Le monarque des ombres
Javier Cercas
Editions Actes Sud, 2018.
Roman traduit de l’espagnol par Aleksandar Grujicic avec la collaboration de Karine Louesdon
22,50 euros

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