- Musique

Martine, Dominique, Claude... fans de Brian Jones

 - 1er juillet 2019
Ils s'appellent Martine, Dominique, Claude. Ils ont à peu près le même âge, ne vivent pas dans la même région mais ont un point commun. Et pas n'importe lequel. Vous l'aurez deviné : ce sont des inconditionnels de Brian Jones. Ils nous en parlent.

Dominique Goedert : A côté de lui, Mick et Keith ont d’abord eu l’air de gamins patauds

En 1963-1964, j’étais en sixième. Au collège, nous avions chaque semaine une heure de conversation anglaise avec une jeune britannique qui rentrait chez elle, outre-manche, régulièrement. Un jour, elle a rapporté Come on des Stones et j’ai beaucoup aimé. C’était un single et il n’y avait pas de photo sur la pochette mais quelque temps après, dans un de ses journaux anglais, j’ai pu voir le groupe et je les ai trouvés tous les cinq tellement cool et désinvoltes – à l’époque, les Beatles portaient des costumes ! La jeune fille, touchée par mon enthousiasme, a fini par m’offrir le 45 tours; je n’avais pas encore de quoi être fan des Stones mais j’étais quand même très fière, à l’âge que j’avais, d’aimer un groupe anglais dont l’allure était si rebelle, quand mes copines de classe écoutaient Adamo !

Deux ans plus tard, avec Satisfaction, les Stones ont cassé la baraque. Moi, je n’étais pas « fan » des Stones : j’étais « fan » de Brian. Il était beau, naturellement, mais il était, aussi, brillant, cultivé; il avait le sens de la provocation : durant les interviews, ses réparties sarcastiques faisaient d’autant plus rire qu’il restait classe. A côté de lui, Mick et Keith ont d’abord eu l’air de gamins patauds. Et plus j’écoutais les Stones plus je réalisais que leur son, leur originalité, leur charme, c’était l'accordéon de Back Street Girl, le clavecin de Dandelion, le dulcimer de Lady Jane, la flûte de Ruby Tuesday, le sitar de Paint it Black, le mellotron de We love you, l’autoharpe de You got the silver autant que toutes les parties de lead et de slide guitar que les premiers albums des Stones doivent à Brian. Il ne faut pas exagérer : les riffs de Keith n’étaient pas mauvais, Bill assurait à la basse et je trouve encore que Charlie est un excellent batteur. Mais la musicalité et l’élégance des Stones, pour moi, c’était Brian. La créativité, la curiosité, l’audace, l’intensité de la vie, c’était lui.

A 16 ans, j’ai passé un mois en Angleterre. J’ai atterri dans ma famille d’accueil le 2 Juillet 1969, juste le temps, au diner, de dire combien j’aimais les Stones et, particulièrement Brian. Le lendemain, j’ai été réveillée par la fille de la famille qui, assise à la tête de mon lit a répété d’une voix mesurée : Brian Jones is dead. Brian is dead sans discontinuer jusqu’à ce j’ouvre les yeux. Je n’ai jamais oublié sa voix ce matin-là.

A ma très grande surprise, la vie a continué sans Brian et, très vite, sans les Stones. En 1970, j’ai eu l’autorisation d’aller les voir au Palais des Sports si mon grand cousin m’escortait ; ça ne l’emballait pas mais il était sympa. Quand nous sommes sortis du concert, il était enthousiaste, il n’arrêtait pas de me remercier. Je me suis tue, j’étais déçue, pour moi la magie ne fonctionnait plus. Après le Banquet, j’ai encore acheté Let it bleed, Sticky fingers et Exile. Et puis, plus rien, c’était fini. J’ai conservé mes albums, mes singles sans pour autant beaucoup les écouter et, au fond de vieux cahiers, quelques photos de Brian.

Et puis un jour, en 1994, mon réveil radio a retenti à 8 heures du matin, les news annonçaient qu’à Londres, un type, Frank Thorogood, avait avoué sur son lit de mort avoir assassiné Brian Jones. Deux livres venaient d’être publiés sur le sujet, Paint it black de Giuliano et Who Killed Christopher Robin ? de Rawlings. Je suis retombée sur mon oreiller. Depuis un autre quart de siècle est passé, des livres et des livres ont été publiés, la police britannique a fait mine de se repencher sur le sujet mais tous les témoins sont morts ou bâillonnés.


Martine Speisser : Brian, avait une personnalité à l'époque plus forte que les autres

Quand on était ado, les Stones, au delà de leur musique, représentaient : le non-conformisme et le refus de la société dans laquelle les parents voulaient nous faire vivre. A quatorze ans, en pleine crise d'adolescence et avec un idéal tout à fait à l'opposé de la société de l'époque, je me suis identifiée totalement à cet état d'esprit. Je vivais et ne respirais que « Stones ».

L'un d'entre-eux, Brian, avait une personnalité à l'époque plus forte que les autres, un visage et une personnalité captivants. Son look de dandy, les traits de son visage et sa personnalité étaient hypnotiques. Sur un poster des Stones paru dans Salut Les Copains en 1965, « il crève l'écran ». Je trouvais que Brian avait vraiment quelque chose en plus, et c'est là que j'ai commencé à m'intéresser à lui. Malheureusement, Brian a bientôt révélé un côté fragile qu'il n'a pas su maîtriser. Les années ont passé, et bien que toujours « Stones », je suis un peu redescendue de mon nuage après la lecture de presque tout ce qui existe sur Brian, et accessoirement sur les Stones. J'ai découvert un Brian très tourmenté, presque psychopathe, d'une fragilité immense, avec un manque de responsabilité total. J'ai été déçue certes, mais pas autant que d'avoir compris que les Stones n'avaient jamais été, ou du moins très peu de temps, cette bande de copains soudés qui vivait une histoire incroyable et qui me faisait rêver. Heureusement, j'ai appris cela plus tard, j'ai pu profiter de mon « trip Stones » durant toute ma jeunesse et maintenant du haut de mes soixante six ans, j'ai choisi d'oublier toutes les faiblesses de Brian et les mauvais côtés de Mick et Keith, pour ne me souvenir que de la joie que j'ai eue de vivre « en live » la meilleure et la plus grande période des Stones à la fin des années 60 et dont le leader était Brian Jones. Et dans ma tête, je suis et je serai toujours « une Stones addict » forever…


Claude Speisser : Un blondinet en col roulé blanc se détache du groupe et illumine toute la pochette…

J'avais en ce début des années 60 un cousin plus âgé que moi qui, dès 1963, m'a orienté vers le rock'n roll US alors que j'écoutais Johnny, Sylvie et Franck Alamo. Puis en 1964 , la claque… le british beat arrive en France avec deux groupes phares : Beatles et Rolling Stones. Et même si j'achetais les disques des deux, ma préférence allait aux Stones.

En 1964, j'achète Time is on my Side. Un blondinet en col roulé blanc se détache du groupe et illumine toute la pochette… J'ai 14 ans et suis fasciné par sa coupe et immédiatement m'identifie à lui, me coiffe et m'habille comme lui. De plus, il dégage une aura et un charisme qui ne peuvent laisser indifférent. 55 ans plus tard, je n'ai en rien changé : ni ma coupe, ni mes tenues, seuls mes 14 an sont très loin...

En mars 1966, je devais aller voir les Stones à l'Olympia avec mon cousin plus agé que moi mais, une semaine avant le concert, il se tue dans un accident de la route. A seulement 15 ans, je n'ai pas pu m'y rendre seul.

Mais, le 3 juillet 1999, pour les 30 ans de sa disparition, j'ai assisté à une commémoration à Cheltenham, sa ville natale, et j'ai cotoyé Pat Andrews, la mère de son 1er enfant,Tom Keylock, ancien garde du corps de Brian,  James Phelge, le co-locataire de Brian, Mick et Keith en 1962 à leur 1er appartement au 102 Edith Grove à Chelsea.

Hormis l'orientation musicale prise à partir du milieu des années 70 qui ne me convient plus à 100%, ma déception la plus profonde est Keith Richards. Au tout début, je me représentais une bande de copains unis et honnêtes les uns envers les autres. Après 55 ans de lecture les concernant, j'ai découvert un Keith opportuniste qui a rejeté Brian qui lui avait tout appris musicalement. Ce gars là est un mythomane, égocentrique et critique vis à vis de la terre entière. Bref, je suis déçu d'être déçu… Pour le reste, il conserve son riff qui a créé une partie de la reconnaissance des Rolling Stones dès les premières notes...

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