- Musique

Il était une fois un musicien nommé Brian Jones

Marie Torres/Claude Speisser - 1er juillet 2019
Intelligent et brillant, né dans une famille de musiciens relativement aisée, Brian Jones avait tout ce qu'il pouvait souhaiter pour réussir sa vie. Mais le destin en a décidé autrement. Débuts chaotiques d'une rock star.

C'est le 28 février 1942 à Cheltenham, dans le Gloucestershire, que naît Lewis Brian Hopkin Jones, d'un père ingénieur en aéronotique et organiste dans la chorale de l'église, et d'une mère professeur de piano. Malgré une santé fragile - il est asthmatique depuis l'âge de 4 ans -, il est doué pour les études et pour la musique. Il apprend le piano, la clarinette, le saxophone et la guitare. Cependant, il a gros problème avec... la discipline.

"Brian haïssait tout simplement l'école, les examens, la discipline, tout ça. Il a eu son bac malgré lui. Il a arrêté ses études à dix-huit ans. Il refusait de songer à l'université. [...] Il détestait l'idée de devoir attendre vingt-cinq ou vingt-six ans pour commencer à gagner sa vie. Pendant un moment l'idée de devenir dentiste lui plaisait bien mais après avoir quitté l'école, il a décidé d'aller à Londres travailler dans une firme ophtalmologie. [...] mais ce qu'il voulait, c'était la vie nocturne de Londres, les clubs de jazz, tout ça. Il adorait le jazz, Stan Kenton, ce genre de choses. [...].La musique l'obsédait. Il passait sans arrêt ces, comment ça s'appelle, ces albums de Modern Jazz Quarter..." (1) se rappelle son père.

il quitte la maison familiale et part sillonner, en stop, la Scandinavie

Problème de santé, de discipline... Mais aussi problème avec les femmes. Ou du moins, les filles. En 1958, il met enceinte une camarade de classe, Valérie, 14 ans. Scandale à Cheltemham. Le bébé sera confié à l'assistance publique et Brian envoyé quelques temps en Allemagne. 

A son retour, il obtient le A-levels de chimie et physique, l'équivalent du bac. Mais quelques mois plus tard, un peu d'argent en poche et sa guitare sous le bras, il quitte la maison familiale et part sillonner, en stop, la Scandinavie. Il traîne avec des musiciens, chante dans des bars et lorsqu'il se retrouve sans un sou, il rentre à Cheltenham.

Les rapports familiaux sont très tendus. Il va vivre chez des amis. Il fait de petits boulots, rejoint un groupe local, les Chelton Six, puis forme les Ramrods et , fin 1961, quitte définitivement Cheltenham pour s'installer à Londres avec Pat Andrews, une jeune fille de 15 ans... mère de son 3ème enfant - en 1960, il a eu un deuxième enfant avec une femme mariée.

Dans la capitale, il commence à fréquenter la scène du blues encore balbutiante et à jouer de temps à autre avec Alexis Korner. Le 7 avril 1962, il a tout juste 20 ans, il se produit avec le Blues Incorporated. " C'est au Jazz Club d'Ealing qu'on a fait la connaissance de Brian Jones, se souvient Keith Richards. Il se faisait appeler Elmo Lewis. A l'époque il voulait ressembler à Elmore James, "Mec, va falloir que tu bronzes et que tu grandisses un peu !" La guitare slide était une nouveauté en Angleterre. Ce soir-là, Brian en a joué sur "Dust My Boom", et on était sur le cul. Il était super bon. Il nous a beaucoup impressionnés. Je crois que c'est Mick qui lui a parlé en premier, Brian lui a dit qu'il avait un groupe, mais la plupart de ses membres l'ont quitté au cours des semaines suivantes."(2)

C'est Brian qui a l'idée du nom "Rollin Stones" en hommage à Muddy Waters

Le 2 mai de la même année, Brian passe une annonce dans les colonnes du Jazz News pour recruter de nouveaux musiciens. Ian Stewart, Geoff Bradford et Brian Knight, en autres, répondent. Un groupe se forme. En juin, lors d'une répétition, Stewart invite Mick Jagger qui arrive accompagné de Keith Richards et Dick Taylor. Retrouvailles.

C'est Brian qui a l'idée du nom "Rollin Stones" en hommage à Muddy Waters et à sa chanson "Rollin' Stone". La première formation est composée de Brian (guitare, harmonica), Mick (chant, harmonica), Keith (guitare), Dick Taylor (basse) et Ian Stewart (piano). Les débuts sont difficiles. Brian, Mick, Keith et James Phelge s'installent dans un petit appartement au 102 Edith Grove à Chelsea. "La réplique exacte d'un champ de bataille de la Seconde guerre mondiale". (3)

Le 7 décembre suivant, Bill Wyman est auditionné et... recruté. "Je portais un costume parce que je pensais qu'un groupe devait être élégant, ça ne les a pas impressionnés, mais mon équipement, si !" (3). Son équipement ? Un superbe ampli Vox AC30 ! De quoi les épater, en effet. Et, le 12 janvier 1963, Charlie Watts, un passionné de jazz, les rejoint. Les Stones sont au complet. Il ne leur manque plus qu'un manager. Mi-avril, ils rencontrent Andrew Oldham. " Je n'avais jamais rien vu de tel, dira-t-il dans ses mémoires. J'ai entendu l'hymne d'un son national. J'ai entendu ce que j'avais toujours voulu entendre. Je le voulais ; ça m'appartenait déjà. Tout ce que j'avais fait jusqu'alors était de me préparer à cet instant. J'ai vu et entendu ce pour quoi j'étais fait."(3)

Le 8 mai, Brian signe un contrat de management de trois ans avec Impact Sound, qui décrochera à son tour quelques jours plus tard un contrat discographique avec Decca. Oldham leur fait changer de look - ils doivent être les bad boys en opposition aux Beatles -, exclut Ian Stewart et ajoute un "g" à la fin de "rollin". Et le 7 juin 1963, Come On, le premier single des Rolling Stones est disponible dans les bacs britanniques ; le 31 juillet, il atteint la 21e place des hit-parades. L'incroyable histoire des Rolling Stones est en marche…

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(1) Dance with the devil - L'histoire extraordinaire des Rolling Stones de Stanley Boot - Traduction Maud Ortalda et Matthieu Farcot - Editions Flammarion, 2012 - 21,90 euros

(2) Life, Keith Richards - Traduction Bernard Cohen et Abraham Karachel - Editions Robert Laffont, 2010 - 22,90 euros

(3) Rolling Stones, la Totale - Les 300 chansons expliquées de Philippe Margotin/Jean-Michel Guesdon - Editions du Rocher, 2016 - 49,90 euros

Marie Torres pour www.micmag.fr
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  • La maison de Brian à Chetelham (Photo Claude Speisser)
  • 102 Edith Grove à Chelsea (Photo Claude Speisser)

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