Paris - 

Fans des Rolling Stones jusqu'au délire !

Hélios Molina - 
Philippe Puicouyoul, vidéaste au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou à Paris, est depuis 40 ans, passionné des Rolling Stones. À travers lui, nous pénétrons une fabuleuse internationale de "fêlés délirants" imprégnés comme lui des premiers albums mythiques.

Ils sont très nombreux les dévoreurs de vinyles autour de ce nom, devenu mythique dans le monde de la musique. La légende est toujours vivante. Les Rolling Stones, « les pierres qui roulent » en français, ont plus de quarante ans de carrière et les adeptes ont de quoi enrichir les discothèques, fournir les bibliothèques de documents, de classeurs, d’objets fétiches, de photos inédites, etc.

Philippe Puicouyoul, 57 ans, fait partie de ces collectionneurs de concerts et d’objets, d’anecdotes savoureuses, de voyages interminables dans un seul but : trouver le plaisir de voir et revoir les idoles anglaises du rock qui débutèrent en 1964. Afin de poursuivre dans cette dynamique, Philippe Puicouyoul a déjà écrit un scénario de film pour laisser parler ces extra-terrestres « stoniens » qui se retrouvent le moment venu dans la liesse des avant ou après concerts. « J’avais 11 ans lorsque mon frère a ramené de Londres  "Not fade away" des Stones , une cover (en français une reprise) de Buddy Holly Il collectionne les concerts (25 concerts en Europe et en Amérique), les chansons (il s’est constitué un catalogue raisonné avec plus de 1800 titres), les vinyles. Il détient une majorité de disques concernant le groupe.

Des albums à partir de bootlegs

Sa collection s’est construite en deux temps. Dès 1964, achat des 45 tours le jour de la sortie (grâce à José Arthur et à son émission culte Le Pop Club à la RTF). Ensuite les 33 tours, toujours des versions françaises. Deuxième temps, à partir de 1968 (notre collectionneur a 16 ans) jusqu’en 1975. Il achète tout en double. Il utilise un disque pour mettre sur la platine et l’autre sous cellophane pour alimenter sa collection. Il conserve aussi précieusement tous les numéros du magazine Rock & Folk, puis une collection de souvenirs de concerts. En 2011, il achète toujours des vinyles de création récente fabriqués à peu d’exemplaires sur le marché allemand. Et comme tout collectionneur respecté, Philippe conserve précieusement des albums fabriqués à partir de bootlegs. Il possède 70 albums de 80 min. chacun.

Que sont les bootlegs ? Ce sont des enregistrements audio ou vidéo pirates, des prises « live » très rares. Des enregistrements sonores dans les concerts, les chambres d’hôtel, les studios d’enregistrement bien souvent sans que l’artiste en soit informé. Ces documents non officiels font partie d’une vaste économie souterraine de la musique, avec pochettes et éditeurs factices. Le bootleg est né aux États-Unis avec l’opéra, le jazz et le blues, avant l’ère du rock and roll. Citons, parmi les bootlegs célèbres, ceux de Jimi Hendrix au Royal Albert Hall de Londres.

Bob Dylan, Frank Zappa, The Velvet Underground ou Pink Floyd sont entrés au panthéon des « bootleggers » (les collectionneurs de ces nombreux documents illicites). Pour la plupart de ces passionnés, les cotes, la valeur marchande ne sont pas au centre de la collection. L’échange est une pratique courante. Mais Philippe a surtout privilégié le contact « live ». Posté près des amplificateurs et souvent à quelques mètres de la scène ou dans le carré VIP. Au Palais des sports, en 1970, il est assis sur la scène à 1 m 50 de Mick Jagger et les oreilles à deux pas de l’amplificateur de la basse.

Mister Doug, le monsieur Stones des USA

Il n’y avait pas encore l’agressivité des nombreux agents de sécurité qui prohibent toute approche des stars. Il assiste ensuite aux quatre concerts successifs aux abattoirs de la Villette en 1976. En 1986, sortie du disque Dirty Work après une longue période sombre du groupe. En 1990, c’est l’année où notre collectionneur, fan solitaire, entre en contact avec les autres adorateurs. Il découvre un milieu de jeunes « fous furieux » expression du milieu qui se refile les astuces à propos des places de concerts, des nouveautés chinées, des magazines, des disques. Et avec tout ce fourmillement de fans, il accumule des images pour son projet de film afin de prouver au spectateur qu’il y a des mondes parallèles surprenants.

Philippe assiste à six concerts en 1990. En 1994, il se rend aux États-Unis pour les voir quatre soirs de suite au Giant Stadium (New Jersey). En janvier 1998, il se lance dans « un coup de folie ». Il est à Vancouver (ouest du Canada) pour son travail et il se procure par son club de fans une entrée de concert VIP à New York. Mais il fait d’abord un détour en France pour deux jours. Il repart pour New York et le lendemain du concert, rentre en France. Ouf ! Avec l’arrivée d’ Internet, les fans français s’aperçoivent qu’il y a sur la planète, d'autres groupes de fans tout aussi débordant d'énergie.

Des relations virtuelles s’établissent avec des centaines de personnes. Et Philippe côtoie ainsi mister Doug qui est le monsieur Stones aux États-Unis et le fondateur du puissant fan-club de ce pays. Il est aussi en contact avec Bjornulf, le monsieur Stones en Hollande, Martin Elliott la référence anglaise des Stones (catalogueur des Stones, auteur de The complete recording sessions, une bible de 800 pages), et Axel Schumacher à Berlin, un personnage énigmatique et faisant lui aussi autorité.

Une mondialisation de la Stones mania

Une toile d’araignée s’est ainsi tissée et mise en forme entre plusieurs pays. Une mondialisation de la Stones mania s’est consolidée. Philippe a une place à part, grâce notamment à un ouvrage de 400 pages qu’il a édité à compte d’auteur. Sous le titre Pop Fiction, il décrit trente ans de passion pour la scène rock. Ce livre, apprécié des connaisseurs, a été classé par le critique musical Jean-François Bizot, fondateur du groupe de presse Nova, comme l'un des livres indispensables sur l’histoire du rock des années 1970-1990.

Philippe est talonné de près par un autre Philippe (Duviquet), lui aussi grand voyageur, qui suit minutieusement le rayonnage et les cotations de la Stones mania et qui a pu rencontrer des adeptes « survoltés » provenant des États-Unis, de Hollande ou du Japon (où ils ont été interdits de scène, de 1960 à 1990, suite à des problèmes de drogue). Car s’intéresser aux Rolling Stones, c'est d'une certaine manière, étudier la mondialisation. En 2008, Philippe Puicouyoul a bouclé son film Vers l'Olympe, une ode jubilatoire à la planète des fans des Rolling Stones. Et cerise sur le gâteau, Martin Scorsese l'a intégré dans le coffret Shine a Light.

Hélios Molina pour www.micmag.net


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