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Cannes 2016 : entretien avec Eryk Rocha «le Cinema novo s'inscrit dans le monde actuel »

CÉDRIC LÉPINE - 2 juin 2016
Le documentaire « Cinema novo » d'Eryk Rocha était présenté en section « Cannes Classic » du festival de Cannes de cette année où il a reçu L'Œil d'or du meilleur long métrage documentaire. Entretien Micmag du réalisateur brésilien.

Eryk Rocha © Laura Morsch-Kihn assistée de Sofia Espinosa

Micmag : Comment conçoit-on le scénario d'un film comme Cinema novo qui repose sur un montage de films d'archives ?

Eryk Rocha : La première étape d'investigation consistait à voir les films du « Cinema novo », lire de nombreux textes, parler avec plusieurs personnes. Tout ce que j'ai filmé est la retranscription de tout le matériel issu de mes recherches. J'ai au préalable construit un récit autour de ce qui seraient les grands thèmes du film, autrement dit : les origines du mouvement, l'amitié entre les cinéastes, le processus de création des films, les relations internationales de ce mouvement avec d'autres à la même époque, l'héritage du « Cinema novo » aujourd'hui et la manière dont il continue à s'inscrire dans le monde actuel. Nous avons commencé un premier montage et je dois avouer que le premier véritable scénario a surgi au montage.

 M : Dans le film, les extraits de films ne sont pas identifiés, alors que chaque apparition d'un cinéaste est présentée en sous-titres avec son nom et prénom. Cela signifie-t-il que les cinéastes sont bien plus importants que leurs films à vos yeux, insistant sur la politique du « cinéma d'auteur » ?

E. R. : Je crois que l'essence du film repose sur la volonté de capturer l'énergie créative de ce mouvement cinématographique à partir d'une multitude d'extraits de films qui amorcent entre eux un dialogue. Ainsi, chaque extrait évoque un nouveau sens qu'il n'avait pas initialement dans le film dont il est issu. Je pense qu'une des forces du « Cinema novo » est l'intégration des films, les liens qu'il y avait entre ceux-ci. Il me paraissait moins intéressant d'identifier les extraits de films par leur titre que de montrer comment chaque film pouvait être relié à un autre. À partir de plusieurs extraits de films, naît un nouveau corps cinématographique, esthétique et dramaturgique. Il ne s'agissait donc pas d'expliquer et d'identifier les films du « Cinema novo » : ce serait là l'objet d'un autre film. Ici, le film est narré à la première personne par les propres paroles des cinéastes eux-mêmes : il n'y a ni critique ni autre interlocuteur contemporain. Ce qui permet de se préserver de toute intermédiation et interprétation. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un film SUR mais AVEC le « Cinema novo ». Mon plus grand désir était d'incorporer cette énergie créative du mouvement. À partir de là j'ai créé un corps autonome qui ne chercherait ni à expliquer ni à définir le mouvement : ce n'est ni un documentaire historique ni didactique. Mon film devient dès lors un hommage, une déclaration d'amour au « Cinema novo » au Brésil 

M  : Comment se développe le cinéma brésilien actuel en lien ou non avec le « Cinema novo » ?

E. R. : Je m'intéresse beaucoup à la notion de collectif dans le cinéma : je pense qu'il y a une nécessité urgente à repenser le collectif, non seulement au sein du cinéma mais aussi au niveau politique, au Brésil comme dans le monde. Selon moi, le monde actuel traverse une grande nébuleuse de confusion. Le capitalisme développe un système autodestructif dont il n'a guère conscience. Mais en même temps, je sens qu'apparaissent des embryons de changements, à partir de la nécessité de réinventer les collectifs. Il existe actuellement des collectifs de cinéma intéressants qui restent encore un peu trop timides mais au moins ils existent. C'est là l'une des forces du « Cinema novo » à transmettre aux cinéastes contemporains : la force du collectif, de l'affect, de la politique, de penser un langage issu de sa propre culture. Cette relation entre forme et contenu est indispensable. Avec le « Cinema novo » est apparue une nouvelle grammaire cinématographique spécifique capable de penser le Brésil nouveau des années 1960, pays qui était alors en train de passer d'un mode rural à un mode urbain à travers de fortes mutations. Dans le monde actuel, je pense que le « Cinema novo » peut être une très bonne inspiration en divers points. Non pas pour le reproduire mais davantage sous forme d'inspiration car chaque époque possède sa propre manière de s'exprimer. Il s'agit pour nous actuellement de trouver la forme cinématographique la plus appropriée pour parler de notre réalité complexe. En effet, le Brésil est actuellement en train de vivre des moments laissant apparaître une nouvelle rupture dans le processus démocratique comme cela s'est passé dans les années 1960 avec le coup d'État militaire. C'est un défi pour ma génération de trouver la forme la plus appropriée pour parler de notre réalité actuelle. Dans ce contexte, le « Cinema novo » a un très grand rôle à jouer. Si nous ne connaissons pas notre propre passé, il est difficile d'envisager notre avenir. Et là je ne parle plus seulement du mouvement brésilien, mais de tous les mouvements qui sont apparus dans le monde dans les années 1960. Je pense que le « Cinema novo » est le fruit de ce dialogue entre les générations : il a ouvert des chemins qui nous amènent à être ce que nous sommes actuellement. Avant le « Cinema novo », le cinéma brésilien de studio cherchait à reproduire le cinéma hollywoodien ou le cinéma classique européen. Le « Cinema novo » a fait sortir les caméras dans la rue pour saisir la réalité sociale et économique du Brésil.

Entretien réalisé par Cédric Lépine

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