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Guernica : sous la toile, la véritable histoire d'une cruauté sans nom

Marie Torres - 20 avril 2017
Guernica ? Une des œuvres majeures de Pablo Picasso, tout
le monde, ou presque, le sait. Ce qu’on oublie parfois c’est
que Guernica est aussi un symbole : le rappel du
bombardement, le 26 avril 1937, du village basque du même
nom. Retour sur l’histoire d’un tableau, en livres et
en images.

1937. La France est en effervescence. L'Exposition Internationale des arts 
et techniques
 
va s’installer à Paris du 4 mai au 27 novembre
. Les 
pavillons des différents pays invités sont en construction. Le long de la Seine, 
entre le pont d'Iéna et le pont Alexandre III, dans le jardin du Trocadéro et sur 
le Champs de Mars au pied de la Tour Eiffel, dans l'île aux Cygnes...

Pour l’Espagne, l’année est tragique. Elle voit, depuis l’été précédent, ses
citoyens s’entretuer
. Mais, malgré ce drame, elle entend être présente à 
l’Exposition de Paris. Aussi, dès janvier, une délégation du gouvernement 
commande à Pablo Picasso, une oeuvre pour décorer le pavillon national.

33  appareils lâchent près de 3000 bombes 
explosives et incendiaires...

Le peintre est flatté mais n’a pas la moindre idée de ce qu’il va faire.  Il attend. 
Il hésite. Et c’est, au printemps suivant, le bombardement du village basque 
de Guernica, qui lui fournit le sujet
.

« Ce 26 avril était un lundi, jour de marché dans la petite ville de Guernica, qui 
abritait habituellement environ six mille habitants auxquels il convient d’ajouter, 
ce jour-là, deux à trois mille personnes : des voisins venus faire leurs emplettes 
et des réfugiés républicains refluant vers le nord sous la poussée de l’avancée
franquiste
.»*

Aux alentours de 16 h 30, on entend le vrombissement d’avions. Ce sont les 
forces aériennes d’intervention envoyées par Hitler. La cloche de l’église sonne 
l’alarme. :  les habitants se réfugient dans les caves et les abris. Durant trois 
longues heures, 33 appareils lâchent près de 3000 bombes explosives
et incendiaires
...  

C’est en lisant le quotidien, Ce Soir, du 30 avril, que Picasso prend connaissance
de l’événement
. Il est bouleversé, complètement abasourdi par la lecture 
des premiers articles ; par cette violence aveugle, que rien ni personne ne
peut justifier, et qui a pris pour cible des civils innocents.

« Guernica n’était pas un objectif militaire. [...] Le but du bombardement était 
apparemment de démoraliser la population civile et de détruire le berceau de 
la race basque
.»*

Pendant plusieurs semaines, - du 1er mai au 4 juin -, le peintre va s’atteler à 
créer une oeuvre à la hauteur de l’événement pour en porter le
témoignage
. Mais il n’a pas encore une vision d’ensemble de ce que sera 
son tableau. Il fait des croquis. Une tête de cheval. Une tête de femme...

le peintre va s’atteler à créer une oeuvre à la 
hauteur de l’événement pour en porter le témoignage

« L’artiste, on le voit d’emblée, ne cherche nullement à représenter des faits 
précis, la guerre ou le bombardement en eux-mêmes, mais à en élaborer 
une traduction symbolique apte à transcender l’anecdote dans le sens d’une
expression hyperbolique et universelle de la souffrance humaine.
» **

Le 11 juillet, soit 7 semaines après l’inauguration de l’Exposition, la toile de 
Picasso est installée dans le pavillon espagnol qui sera ouvert au public le 
lendemain.

Après l’Exposition, et durant toute la dictature franquiste, Guernica sera 
conservé aux Etats-Unis
, à la demande de Picasso. Et ce n’est qu’en 1981
6 ans après la mort de Franco, que le célèbre tableau rentrera en Espagne où
il sera exposé dans une annexe du Prado. Depuis 1992, il se trouve au Musée 
Reina Sofia
, à Madrid.

Cette fresque, en noir et blanc, aux dimensions monumentales (349,3 x 
776,6 cm), devait symboliser la violence aveugle et la répression qui 
avaient anéanti, un jour de printemps 1937, un petit village basque ; Pablo 
Picasso ne savait qu’elle serait aussi « L’image prémonitoire des ténèbres qui 
ne tarderaient pas à s’abattre sur toute l’Europe
.» ** et que, 80 années 
plus tard
, elle resterait d’une brûlante actualité...

* Guernica, histoire secrète d’un tableau, Germain Latour
** Lire la peinture de Picasso, Guitemie Maldonado

Lire aussi 
Comprendre et lire la peinture de Picasso
Le héron de Guernica : retour sur un épisode douloureux !



Alain Resnais : Court métrage sur Guernica par rikiai
Marie Torres pour www.micmag.fr
LIRE LA PEINTURE DE PICASSO
GUITEMIE MALDONADO
EDITIONS LAROUSSE, MARS 2017
17,95 EUROS

Guernica, histoire secrète d'un tableau 
Germain Latour
Editions du Seuil, septembre 2013
21 euros

LE HÉRON DE GUERNICA
ANTOINE CHOPLIN
EDITIONS DU ROUERGUE (20 AOÛT 2011)
15,20 EUROS

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