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« On peut aimer un livre et ne pas s’en sentir l’éditeur potentiel »

Marie Torres - 19 août 2017
Il dirige les collections «Terre indienne» et «Terres d’Amérique» chez Albin Michel mais il est aussi fondateur et directeur de la librairie «Millepages» de Vincennes et fondateur du «Festival America». Rencontre avec Francis Geffard, grand amoureux de la littérature.
Francis Geffard © Jean-Luc Bertini

Micmag.net : Selon les chiffres du département du dépôt légal de la Bnf, en 2016, 77 986 titres ont été enregistrés. Chez Albin Michel combien de manuscrits sont annuellement, en moyenne, réceptionnés ? Combien sont publiés ?

Francis Geffard : En littérature française, ce sont environ 4000 manuscrits par an qui sont réceptionnés chez Albin Michel et il arrive qu’aucun ne soit retenu. Cette année, à la rentrée littéraire, sera publié le roman d’Emmanuelle Favier qui est arrivé par la poste.

En littérature étrangère, tous genres confondus, ce sont environ 1500 manuscrits qui sont reçus  chaque année. Pour ma part, je reçois environ 500 manuscrits rien que pour la littérature anglo-saxonne. Et j’en retiens à peine une dizaine chaque année.

M. : Vous dirigez, les collections «Terre indienne» et «Terres d’Amérique», comment sélectionne-t-on des textes étrangers ?

F. G. : Tout d’abord il faut les lire ou les faire lire. Ensuite c’est la singularité de la voix et de l’univers de l’auteur qui s’imposent. Au-delà d’un livre, il faut essayer de cerner l’œuvre à venir d’un écrivain et comment on peut l’accompagner. C’est une question de goût et d’intuition. Le plus souvent, on fait l’acquisition des droits d’un ouvrage avant même qu’il soit paru dans son pays d’origine si bien qu’on a peu d’éléments d’appréciation à part ce que l’on ressent en le lisant.

M. : Editer c’est faire des choix et c’est aussi prendre des risques, qu’est-ce qui vous pousse à défendre un titre ?

F. G. : On peut aimer un livre et ne pas s’en sentir l’éditeur potentiel. C’est là encore une question d’intuition et la décision finale s’impose presque naturellement. Ainsi pourra-t-on préférer un auteur moins parfait sur le plan technique et plus percutant sur le fond à un écrivain irréprochable sur le plan littéraire mais moins intéressant au bout du compte.

M. : Quel est la position d’Albin Michel par rapport au numérique ?

F. G. : Chaque nouveauté publiée dans la maison est disponible en version numérique. Comme tous les autres éditeurs, Albin Michel ne néglige aucun support de lecture et s’adapte à l’évolution des technologies.

M. : Comment voyez-vous l’avenir de la profession ?

F. G. : Tant qu’il y aura des gens pour qui la lecture est une activité irremplaçable, l’édition aura de l’avenir. C’est à nous tous de veiller à ce que les livres soient accessibles au plus grand nombre, à commencer par les enfants et les jeunes.

M. : Votre plus belle surprise d’éditeur ?

F. G. : C’est d’avoir donné envie à Anthony Doerr, après un séjour au Festival de St Malo en 2006, d’écrire un roman qui retrace l’histoire de cette ville pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce livre, c’est Toute la lumière que nous ne pouvons voir, et il a obtenu le prix Pullitzer en 2015.

M. : Vous êtes le fondateur et le directeur de la librairie Millepages de Vincennes, et aussi fondateur du Festival America, un grand amoureux de la littérature donc mais avez-vous le temps de lire en dehors de vos lectures «professionnelles» ?

F. G. : Il est difficile pour moi de trouver le temps de lire en dehors de mes centres d’intérêt éditoriaux. Je suis toujours animé de la volonté de découvrir de nouvelles voix et j’y consacre une bonne partie de mon énergie tout en y trouvant énormément de plaisir.

Pour en savoir plus sur Albin Michel, ici

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Marie Torres pour www.micmag.net

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