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Lady Macbeth de Mzensk : l’opéra sulfureux de Dmitri Chostakovitch

Jean- Christophe Mary - 4 avril 2019
Du projet initial de Chostakovitch – consacrer une trilogie aux destins tragiques de femmes russes à travers les âges – ne demeura qu’un opéra coup-de-poing : Lady Macbeth de Mzensk. A voir du 6 au 22 avril 2019 à l'Opéra de Paris.

"Du projet initial de Chostakovitch – consacrer une trilogie aux destins tragiques de femmes russes à travers les âges – ne demeura qu’un opéra coup-de-poing : Lady Macbeth de Mzensk. S’il est l’un des puissants ressorts de l’oeuvre, l’intertexte shakespearien est ici bien amer : contrairement à Lady Macbeth, Katerina Ismailova – qui, dans la Russie profonde du XIXe siècle, tombe amoureuse d’un employé de son mari et sera finalement acculée au suicide – est moins manipulatrice que victime d’une société violente et patriarcale. Krzysztof Warlikowski libère aujourd’hui la force de subversion de cette oeuvre brûlante et scandaleuse, qui a marqué les premières années de l’Opéra Bastille".

Attention ! Certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes ainsi que des personnes non averties. Voilà l’avertissement que l’on peut lire en préambule en entrant dans la salle.

Et on confirme : l’opéra de Dmitri Chostakovitch et Alexandre Preis inspiré du roman de Nikolaï Leskov est un choc auditif autant que visuel.

Dès les premières notes, on comprend mieux pourquoi cette œuvre crée en 1934 fût jugée « dégénérée" par le pouvoir Stalinien et interdite pendant trente ans en Union Soviétique.

Le rideau de scène se lève sur le décor froid d’un abattoir. Les lumières se tamisent sur cette chaine automatique où pendent des quartier de bœuf. Le mécanisme entre en action quand un à un les ouvriers gagnent les les tables à découper où se dressent des morceaux de viande sans âme, éclairés par la lumière blafarde de gigantesques néons. Le décor est planté pour accueillir une vague de sexe et de violence durant trois heures. Une chose est sûre : le metteur en Krzysztof Warlikowski n'a pas choisi d'édulcorer le propos de cette oeuvre qui fût remaniée en 1962 « gommant » ainsi des parties jugées parfois trop sulfureuses. Mais là c’est bien de la version originale dont il s’agit.

Cette mise en espace réaliste et onirique nous offre une vision très noire de la nature humaine où cruauté, trahison, adultère vont submerger le spectateur tout au long des quatre actes et neuf tableaux. Scènes de viol, de fellation, de masturbation ou de copulation, toutes plus explicites les unes que les autres, scènes de passage à tabac et d’assassinat plus vraies que natures, on assiste pantelant à une succession de tableaux saisissants. La scène du viol collectif d’Aksinya menée par Seguei et un petit groupe d’ouvriers est terrifiante de réalisme. Le meurtre du mari orchestré par Katerina et Serguei obéit à cette même sauvagerie. La vison de son corps emballé dans une bâche plastique, puis suspendu sur la chaine d’abattage entre les carcasses d’aloyaux, nous saisit d’effroi. On salue la force inouïe des images provoquée par le metteur en scène qui surligne la crudité des mots et la symphonie musicale de l’œuvre.

Côté voix, le ténor tchèque Pavel Černoch costumé en "macadam cow-boy" illustre à merveille le côté rustre de Sergueï. Le chant de John Daszak qui endosse le rôle de Zinovy Borisovich Ismailov possède une signature vocale identifiable dès les premières mesures. L’interprétation de la soprano Aušrinė Stundytė dans le rôle de Katerina est absolument remarquable. Voix ample et puissante dès les premières mesures, son jeu plein de ferveur est confondant de vraisemblance, De bout en bout, elle exprime ici son cri de la chair, son besoin d’amour et de sensualité. Enfermée dans la prison des femmes, ce goulag où ruisselle la peur, l’attachement aveugle qu'elle éprouve à l'égard de Sergueï ne peut que nous émouvoir. L’engagement qu’elle imprime dans le rôle est sans bornes, comme si elle chantait là pour la dernière fois.

On salue également la performance vocale du chœur de l’opéra de Paris sous la direction de José Luis Basso d’une puissance dramatique exceptionnelle. A la tête de l’orchestre, Ingo Metzmacher assure le tempo, modèle les phrasés de cette « symphonie de chambre » qui oscille entre l’éloquence tragique de la scène finale et la verve caustique propre Chostakovitch. Un triomphe assuré !

Jean-Christophe Mary
Lady Macbeth
3h25 avec 1 entracte
Du 6 au 22 avril 2019
Langue : Russe
Surtitrage français/anglais
De 85 à 180 euros
Opéra de Paris
Place de l'Opéra
Paris 9e

Du 6 au 25 avril 2019
opéra National de Paris

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