Port au Prince - Reportage

Haïti chéri -Périple-aventure au cœur de la première république rebelle noire

Hélios Molina accompagné de Arnaud Palacthi - Décembre 2017
"Mais qu’est ce que vous allez bien faire en Haïti ? " C’est la question que nous ont posé nos lecteurs avant et après ce voyage. Et vous avez osé dire : « Haïti territoire maudit » ?
Et pourtant ce pays, un des plus pauvres, flirte avec tant d’élégance avec la culture. Attention décollage !

Notre avion à hélices fait sa descente sur Port-au-Prince -© Photo Hélios Molina 

« Vous allez dans l’un des pays au plus faible PIB du continent américain, emporté par la violence et les maladies. Mais pour y faire quoi ? » C’est la question que  nous ont posé nos lecteurs avant et après ce voyage. Vous avez osé dire : « Haïti territoire maudit » ? Lisez plutôt !

 Après notre reportage en Iran( l'Imparable rébellion artistique)ou dans d’autres contrées difficiles d’accès pour journalistes, nous avons choisi ce petit bout de territoire de la mer des Caraïbes de 10 millions d’habitants. Certes il y a eu des cyclones ravageurs, un tremblement de terre dévastateur... Pour nous comprendre, il faut tout d’abord reprendre le cours de l’histoire coloniale de la France. Après la découverte de Hispaniola (le nom cette île) par Cristobal Colomb en 1492, les Taïnos, (amérindiens) sont peu à peu décimés à cause de la brutalité des travaux forcés dans les mines d’or. Vers 1625 des flibustiers français s’intéressent à l’île de la Tortue et c’est ainsi que débute une présence française. En 1700 l’Espagne donne une partie de l’ile aux français ce qui deviendra plus tard Haïti, une terre riche en coton, café et sucre.  En 1791 c’est l’insurrection d’esclaves noirs amenés d’Afrique avec à leur tête le légendaire Toussaint Louverture.

Les américains donnent aux autorités françaises 750 000 $ pour réprimer la révolte

Toussaint est l’une des plus grandes fiertés des Haïtiens tout comme le symbole du negmarron (le nègre marron) en vainqueur qui est érigé en statue près du palais présidentiel à Port au Prince. Retour en France, la Convention nationale abolit l’esclavage de cette colonie en 1794. Mais il est rétablit par Napoléon en 1802. On envoie dans ce bout du monde 22 000 soldats avec le général Emmanuel Leclerc comme chef. Les Américains donnent aux autorités françaises 750 000 $ pour réprimer la révolte ainsi que l’envoi de troupes. Mais un général noir (ancien esclave) qui a pour nom Dessalines l’emporte en 1803 et en 1804 est déclarée la première république noire du monde grâce à de véritables tactiques militaires d’anciens esclaves. On estime alors à 50 000 morts cette lutte pour ou contre la soumission d’anciens esclaves.

Ces victoires d’anciens esclaves contre leur oppresseur forgent une personnalité à ce peuple

 Haïti devient un exemple maudit, un épouvantail pour les esclavagistes anglais américains, portugais, espagnols ou français. Pour s’en convaincre, lisez l’article de Noam Chomsky ayant pour titre « La tragédie d’Haïti » qui relate l’épopée de tristes faits, tortures et invasions contre ce peuple. Toussaint Louverture est lui capturé et envoyé croupir de faim et de froid dans le Jura où il en mourra. Tous les écoliers haïtiens connaissent cette célèbre phrase qui  est entré dans l’histoire dite par ce légendaire prisonnier : " En me renversant, vous n’avez fait qu’abattre l’arbre de la liberté à Saint-Domingue. Il repoussera grâce à ses racines, car elles sont nombreuses et profondes."

Du coup cette île symbole est tenue à l’écart de peur de contagion. Mais ces victoires d’anciens esclaves contre leur puissant oppresseur forgent une personnalité à ce peuple qui a conservé des traditions, un discours, une culture, une conscience politique, une poésie de la vie sans égal et le vaudou. La fierté du Haïtien repose en partie dans ce passé. Les intellectuels du monde en saisissent l’importance.

La République dominicaine qui fait frontière ou les autres îles de la Caraïbe semblent bien fade (excepté Cuba) à côté du tempérament haïtien libre, rebelle et philosophe.

C’est l’une des motivations de notre choix pour ce voyage. L’autre motivation  tout aussi puissante fut d’aller à la rencontre de ce réservoir de culture latent et comprendre cet attrait pour l’art, la littérature, la peinture, la musique, le théâtre, la poésie.

Avant nous, il y a eu André Breton qui s’enivra de peinture et de poésie. Le pape du surréalisme qui y séjourna, fut fasciné dans les années 1940 par ce peuple : « Le véritable ressort d'un pays est dans le tambour vaudou, qui mêle le sentiment d'une détresse sans limite d'une espérance forcenée. » Il met en relief l’œuvre du peintre d'Hector Hyppolite"pure de tout alliage, sonnant comme un métal vierge ». Puis il ajoutera, suite à des révoltes de ces années là : " Le surréalisme a partie liée avec les peuples de couleur parce qu’il a toujours été à leurs côtés contre toutes les formes d’impérialisme et de brigandage blancs."

Nous avons voyagé en mobylette, en camionnette, en tap tap, en mini bus...

En 1949 c’est autour de Jean Paul Sartre de s’émouvoir de son art.

Enfin nous voulions découvrir une terre où quasiment aucun touriste blanc ne s’avise à s’aventurer de peur de la violence, de la misère, des maladies. Les conseils de l’ambassade Suisse sont explicite : « N’allez en Haïti que si vous avez quelque chose à y faire ». Certes pour le touriste rien n’est simple. Nous savions que la vie sur place ne serait pas facile si nous voulions emprunter les moyens de transports locaux, se loger dans un appartement, éviter les prix excessifs des hôtels sans confort (aux coupures d’eau et d’électricité fréquentes) ou les locations de voiture à 80$ par jour. Haïti se révèle malheureusement un pays cher pour le voyageur curieux. Nous voulions entrer dans le mystère d’un petit pays envoûté par le vaudou, maudit  par les secousses telluriques ou les vents meurtriers. Et c’est ainsi que nous avons voyagé en mobylette, en camionnette, en tap tap, en mini bus, en bus climatisé ou en mini avion d’une ville à une autre du nord au sud, sous la chaleur ou sous la pluie diluvienne pour partager notre expérience avec vous.

Hélios Molina pour www.micmag.net 2017 et l’appui d’Arnaud Palatchi.

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 Ce reportage s’est construit grâce à l’aide et les conseils de Philippe Bourgain d’Air Caraïbes – Olivier Beytout (photographe Paris) – Corentin Fohlen (grand reporter photographe Paris) – Dany Laferrière (académie française, écrivain) – Valérie Duponchelle journaliste au Figaro- Manu Bayle (Brésil)-Michel Joseph (journaliste radio Port au Prince) Michel Chancy (vétérinaire Haïti)- André Eugène (artiste Port au Prince) – Pascale Monin (galeriste Haïti)  Patrick Delatour (ancien ministre Haïti) Madjolah Pierre (journaliste Port au Prince) Cécile Berut (chef de projets Port au Prince) – Sénatus Reginald (artiste Port au Prince)- Théline Cornéus à Saint Marc (Haïti) -Johny Iris de Miragoâne  - Gracieuse Paget-Blanc psychologue à Paris - (Haïti) -Aimable &Yanick Lamar à Paris.


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